écrit par UNITAS, L'Union Nationale des Institutions pour le Travail d'Action Sociale


De nombreuses voix ont été entendues, tant au sein de la société bolivienne en général que du parti au pouvoir, en réponse à la violation de la part de la Cour constitutionnelle plurinationale (CCP) du principe de la suprématie constitutionnelle lorsqu'elle a permis à Evo Morales Ayma et à Álvaro García Linera d’être indéfiniment rééligibles. Membre de Forus en Bolivie, UNITAS a publié une déclaration publique pour la défense de la démocratie.


Des mises en garde avaient été lancées quant à d'éventuelles irrégularités dans l'organisation et le déroulement des élections nationales, du fait du non-respect du principe de sécurité juridique, compris comme l'application objective de la loi de sorte que les citoyens connaissent leurs droits, leurs garanties et leurs obligations et que tous les actes des organes de l'État soient considérés comme fiables et prévisibles.

Une nette détérioration de la démocratie et de ses institutions était déjà perceptible, en raison du non-respect du principe d'indépendance et de la subordination évidente de la Cour suprême électorale (CSE) à un autre organe de l'État. De nombreuses contestations ont été entendues, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du parti au pouvoir, et notamment au sein de la société bolivienne dans son ensemble, de l'est à l’ouest du pays, en réaction à la violation, de la part de la Cour constitutionnelle plurinationale (CCP), du principe de la suprématie constitutionnelle lorsqu’elle a permis à Evo Morales Ayma et Álvaro García Linera d’être indéfiniment rééligibles, faisant ainsi prévaloir la Convention interaméricaine des droits de l'homme sur les quatre articles de la Constitution de l'État plurinational qui n’autorisent pas une rééligibilité indéfinie.

En accordant la priorité à l’arrêt de la CCP, l'autorité électorale n'a pas respecté le résultat du référendum constitutionnel organisé en 2016 et à l’issue duquel le peuple bolivien avait rejeté la proposition de modification de l'article 168 de la Constitution et avait voté à 51 % des voix contre la réélection de Morales et de García Linera. L'épuisement complet d'un processus de changement qui refuse de changer était déjà perceptible, étant donné que l'État n'avait pas respecté les principes de transparence, d'honnêteté et de confiance.

Le soi-disant « processus de changement » aggrave, au contraire, la polarisation de la société, le clientélisme et la cooptation de ceux qui auparavant rejetaient un modèle de gouvernance qui se reproduit maintenant avec une aptitude toujours plus efficace à ignorer et à invalider la volonté du peuple, c’est-à-dire aussi bien celle des électeurs favorables au gouvernement que celle des électeurs qui soutiennent d'autres partis politiques.

Toute une série d’événements divers s’étaient certes accumulés, mais l’événement déclencheur qui a fait éclater la démocratie en Bolivie a eu lieu le dimanche 20 octobre, à 19h40, lorsque la Cour suprême électorale a publié les chiffres du système de transmission des résultats électoraux préliminaires (TREP) alors que le dépouillement du scrutin en était à 83 %, et indiquant qu'il y aurait un deuxième tour entre Evo Morales et Carlos Mesa. À ce moment-là, le dépouillement des bulletins de vote a été suspendu et, 24 heures plus tard, les chiffres du TREP ont été mis à jour pour faire apparaitre qu'avec plus de 90 % des bulletins dépouillés, la tendance du vote avait changé et que le MAS semblait être le vainqueur incontesté. La Mission d’observation électorale de l’Organisation des États américains (OEA) a qualifié cet événement d’inexplicable, tandis que l’Union européenne a exprimé des « doutes sérieux » quant au dépouillement des votes électroniques de la CSE.

Les citoyens ont envahi les rues en signe de protestation, des bâtiments du Tribunal électoral ont été incendiés et les dégâts ont été nombreux, alors que les affrontements entre groupes de citoyens opposés et le recours à la force par la police se sont généralisés. La célébration de la démocratie qui a eu lieu le 20 octobre, lorsque les Boliviens se sont rendus en masse jusqu’aux urnes pour remplir leur devoir de citoyen et exercer leur droit de vote, a été entachée par les actions discutables de la Cour suprême électorale, confirmant ainsi le non-respect institutionnel de la démocratie qui l'a caractérisée ces dernières années.

Les citoyens boliviens n'acceptent pas les résultats des dernières élections et ne leur font pas confiance, et ils sont prêts à se mobiliser pour exiger le respect de la volonté des électeurs et de leurs droits. Le sentiment que des fraudes ont été commises est renforcé par les discours prononcés par le parti au pouvoir qui proclamaient la victoire du MAS et niaient toute possibilité de second tour, même si les résultats partiels indiquaient alors qu'un second tour serait inévitable.


Par conséquent, l'Union nationale des institutions de travail pour l'action sociale, pour la défense de la démocratie et de l'État de droit :

1. Exprime son désaccord avec les mesures prises par la Cour suprême électorale et demande la démission de ses membres en raison de la manière irresponsable dont ils ont dirigé le processus électoral.


2. Appelle les autorités nationales à préparer le second tour des élections nationales, dans l'intérêt de la paix au sein du pays, du respect des citoyens et du respect du principe selon lequel la décision finale revient aux citoyens. Dans toute compétition électorale, certaines règles doivent être respectées.


3. Exige que les autorités compétentes mènent les enquêtes nécessaires afin d’identifier et de sanctionner les responsables des différentes irrégularités signalées par les citoyens au cours du processus électoral national.


4. Exhorte tous les citoyens boliviens à exprimer leur opinion et à expliciter leur position de manière pacifique, et à exiger le respect de leurs droits dans un climat de respect et de paix, dans l’intérêt du maintien de la cohésion sociale autour de l’éthique de la démocratie et du bien commun.


5. Confirme son engagement à défendre la démocratie et l'exercice du droit de manifester, en tant que manifestation des trois libertés fondamentales (liberté d'association, de réunion pacifique et d'expression) et à assurer le contrôle du pouvoir de l'État.


6. Exhorte les autorités et les forces de l'ordre à respecter le droit international en matière de protection des droits de l'homme et à s'abstenir de tout recours arbitraire et disproportionné à la force et à la répression des manifestations sociales.


7. Répudie les actes d'agression physique tels que ceux subis par le défenseur des droits de l'homme Waldo Albarracín dans le cadre de l’exercice de son droit à défendre la démocratie, ainsi que toute réitération de tels actes qui entraînent une recrudescence de la violence lors des manifestations citoyennes. Il est essentiel de mener une enquête pour qu'aucun acte de violence commis à l'encontre des citoyens ne reste impuni.


8. Condamne les événements malheureux qui ont conduit à des actes de vandalisme affectant les biens publics et la sécurité des citoyens de plusieurs départements du pays. Une procédure régulière doit être garantie dans tous les cas en vue de lancer une enquête et de punir les instigateurs et les auteurs de ces actes. Pour une Bolivie digne et démocratique !