© Diana Caballero
2024-10-01
Lutte contre les violences et les menaces numériques en Afrique centrale : Le rôle des initiatives régionales
La prolifération du phénomène d’intimidation et de violences en lignes est un veritable défi fondamental pour maintenir des sociétés africaines stables et prospères. Qu'il s'agisse d'améliorer les infrastructures, de sensibiliser ou de participer aux forums de gouvernance de l'internet pour façonner les politiques et les pratiques, Repongac, en tant que coalition régionale en Afrique centrale, partage les défis et les opportunités à venir.
Selon le Cybersecurity Exposure Index 2024, la région africaine a le plus progressé en matière de cybersécurité depuis 2021. Cependant, un"fossé de cybercapacité" – caractérisé par des limitations en compétences, personnel, équipements et financement – est évident dans de nombreux pays à travers l'Afrique, ainsi qu'au niveau mondial..
L’Afrique compte aujourd’hui plus de 400 millions d’utilisateurs actifs de médias sociaux et 600 millions d’internautes. Les Africains qui sont en ligne s’appuient sur les plates-formes de médias sociaux pour consommer des informations, et ce à un taux parmi les plus élevés au monde.
La prolifération du phénomène d’intimidations et de toutes formes de violences en ligne est un véritable défi fondamental pour le maintien des sociétés africaines stables et prospères. L’ampleur de ces efforts intentionnels visent à promouvoir des intérêts géostratégiques et façonner des récits qui sapent les processus démocratiques, et sèment la confusion dans les sociétés africaines en proie à diverses crises.
Les principales violations et menaces en ligne dont les africains sont victimes aujourd’hui sont exacerbées par la faiblesse des infrastructures de cybersécurité et le manque de sensibilisation aux risques numériques. Les entreprises et les institutions publiques sont particulièrement vulnérables, souvent en raison de l’absence de protocoles de sécurité adéquats.
Ces menaces et violations incluent plusieurs types de cybercriminalité : L'envoie de faux e-mails ou SMS prétendant provenir de sources légitimes pour inciter les victimes à divulguer des informations financières ou personnelles. Par ailleurs, les systèmes de messagerie d'entreprises sont piratés pour accéder à des informations sensibles. Des logiciels malveillants paralysent également les systèmes informatiques d'hôpitaux et d'institutions publiques, exigeant des rançons pour rétablir leur fonctionnement. Enfin, des réseaux de machines infectées, appelés botnets, sont utilisés pour lancer des cyberattaques à grande échelle, amplifiant encore les risques pour les infrastructures numériques.
Les lois spécifiques sur la cybersécurité en Afrique centrale
Les stratégies nationales de cybersécurité sont devenues un outil de plus en plus courant pour les gouvernements afin de s'organiser autour de la cybersécurité. En 2024, 132 pays disposent d'une stratégie nationale de cybersécurité, contre 107 en 2020. Une grande partie de ces progrès est attribuée à la région africaine, où neuf pays ont adopté leur première stratégie nationale de cybersécurité. De plus, de nombreux pays ont travaillé à réviser et à mettre à jour leurs stratégies existantes.
De nombreux pays africains – plus de 40, dont la Côte d'Ivoire, l'Égypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal et l'Afrique du Sud – disposent de lois spécifiques sur la cybercriminalité.
Plusieurs pays spécifiquement d’Afrique centrale ont mis en place des lois pour renforcer la cybersécurité. Cependant, leur mise en œuvre et leur application varient en fonction des ressources et des infrastructures disponibles dans chaque pays.
Le Cameroun a adopté une loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité en 2010, cette loi vise à protéger les systèmes d’information et à réprimer les infractions liées à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Le Gabon a également mis en place une législation sur la cybersécurité qui régit les transactions électroniques et prévoit des sanctions pour les infractions liées à la cybercriminalité. La RDC a aussi adopté une loi sur les télécommunications et les technologies de l’information et de la communication en 2018. Cette loi inclut des dispositions spécifiques pour la cybersécurité et la protection des données personnelles. Le Tchad a promulgué une loi sur la cybercriminalité en 2015 qui vise à prévenir et à réprimer les actes de cybercriminalité, y compris les fraudes en ligne et les atteintes à la vie privée.
Les espaces et initiatives régionales de renforcement en cybersécurité
Il existe plusieurs initiatives régionales - et espaces des dialogues - visant à renforcer la cybersécurité en Afrique centrale, témoignant d’un engagement croissant en faveur de l’amélioration de la sécurité numérique dans la région, bien que des défis subsistent en matière de mise en œuvre et de coordination.
L’Union Africaine a adopté en 2014 la Convention de Malabo, également connue sous le nom de Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel. Ce texte aborde plusieurs domaines clés: la protection des données à caractère personnel, la sécurité des réseaux et des systèmes d’information, la lutte contre la cybercriminalité, la promotion de la confiance numérique, la coopération internationale, la formation et sensibilisation. Cette convention vise à harmoniser les législations nationales en matière de cybersécurité, à promouvoir la coopération entre les États membres et à créer un cadre juridique et opérationnel solide pour protéger les citoyens et les infrastructures numériques en Afrique.
La Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) travaille sur des initiatives pour renforcer la cybersécurité dans la région, notamment en encourageant les États membres à adopter des législations harmonisées et à partager des informations sur les menaces et les meilleures pratiques.
Le Forum sur la Gouvernance de l’Internet (AfIG) Afrique qui aura lieu en Novembre à Addis Ababa, réunit quant à lui des représentants des gouvernements, du secteur privé, de la société civile et des organisations internationales pour discuter des défis et des opportunités liés à la gouvernance de l’Internet, y compris la cybersécurité.
Cette année, plusieurs thématiques clés sont à l'honneur. La cybersécurité et la cybercriminalité s'attachent à explorer les dernières tendances, les meilleures pratiques et les cadres légaux pour lutter contre les menaces en ligne et renforcer la sécurité numérique. Les technologies émergentes et l'intelligence artificielle interrogent les implications éthiques, juridiques et sociétales de l'IA, de la blockchain, de l’IoT et d'autres technologies qui façonnent le paysage numérique africain. La gouvernance des données soulève les défis liés à la confidentialité, la protection, la localisation et la démocratisation des données, tout en cherchant à instaurer la confiance dans l'écosystème numérique. Les droits numériques et les droits humains analysent les politiques en ligne influençant la liberté d'expression, l'identité numérique et la vie privée, en explorant des moyens d'assurer un environnement numérique centré sur les droits humains. L'accès universel et la connectivité significative abordent les obstacles à un accès abordable et fiable à internet à travers l'Afrique, avec un accent sur l'inclusion des femmes, l'infrastructure et la littératie numérique. Le volet durabilité et environnement examine la jonction entre la technologie et le développement durable, en couvrant des sujets tels que la gestion des déchets électroniques et la responsabilité des chaînes d'approvisionnement. La dimension technique et opérationnelle discute de l'infrastructure essentielle d'internet, comme les systèmes de noms de domaine (DNS), les points d'échange internet (IXP), la neutralité du net et les réseaux communautaires. Enfin, la thématique des médias et contenus locaux se concentre sur la modération des contenus, le multilinguisme, la désinformation et le rôle des contenus locaux dans la transformation numérique de l'Afrique.
Enfin, plusieurs projets de coopération internationale, financés par des partenaires tels que l'Union Européenne et la Banque Mondiale, visent à renforcer les capacités de cybersécurité en Afrique centrale à travers des formations, des ateliers et des investissements dans les infrastructures numériques.
L’approche du Repongac dans le renforcement en cybersécurité
Le Repongac dispose de plusieurs leviers pour renforcer la cybersécurité dans la sous-région, jouant ainsi un rôle clé dans la protection des populations contre les cybermenaces et la création d’un environnement numérique plus sûr.
Tout d'abord, l'organisation propose des ateliers et des sessions d'information pour sensibiliser ses membres aux bonnes pratiques en matière de cybersécurité. Avec le soutien de nos partenaires, des formations sur les fondamentaux de la cybersécurité sont mises en place, comprenant des cours sur la gestion des risques, la protection des données personnelles et la gestion des incidents de sécurité.
En collaboration avec des établissements scolaires, des universités, des entreprises locales et des organisations de la société civile, le Repongac encourage également l'organisation d'événements communs, le partage de ressources et la création de campagnes de sensibilisation. La production et la diffusion de contenus pédagogiques, tels que des articles, des vidéos explicatives et des infographies faciles à comprendre, font également partie de nos initiatives pour mieux informer sur la cybersécurité.
En outre, nous incitons nos membres à s’impliquer dans des initiatives locales ou nationales en tant que bénévoles pour sensibiliser le public, offrir des conseils en matière de sécurité et signaler les incidents de cybercriminalité aux autorités compétentes. Cette mobilisation permettrait d’identifier les tendances émergentes et de prendre des mesures préventives contre de futures attaques.
Enfin, nous encourageons l’utilisation de logiciels de sécurité, tels que les antivirus et pare-feux, et fournissons des conseils sur la manière de protéger les appareils contre les menaces en ligne.
Repongac, en tant que membre du réseau mondial de la société civile Forus, est aussi impliqué dans le programme CADE cofinancé par l'Union européenne, qui soutient la participation significative de la société civile aux forums de gouvernance de l'internet.
Le Repongac se soucie énormément du bien être des citoyens de la région et est conscient des effets néfastes que les violences en ligne peuvent avoir sur la santé mentale. En plus de lutter contre les contenus et les comportements visant à humilier, à intimider ou à harceler les populations de la région, il s’associe à des experts pour concevoir un guide pour permettant à chacun d’en savoir plus sur la façon d’améliorer son utilisation et de créer des communautés plus sûres, bienveillantes et inclusives en ligne.
This article was written by Repongac with support from Bibbi Abruzzini and Clarisse Sih from Forus as well as editing from Ginger Paque from Diplo.