2023-03-02
Alice Nkom: La défense de minorités sexuelles au Cameroun
Par Clarisse Sih, Bibbi Abruzzini
Naitre différent de ce que la société a choisi comme “normale” au Cameroun et surtout choisir de montrer que l’on est différent est un risque.Les personnes de la communauté LGBTQ au Cameroun sont frappées, emprisonnés et même assassinés pour leurs orientations sexuelles.
Ces punitions, acclames par la société ont attirer l’attention de Maitre Alice Nkom, avocat au barreau du Cameroun depuis plus de 50 ans et défenseur des droits humains, particulièrement les droits des minorités sexuelles.
“Les règles qui étaient prévues pour poursuivre quelqu’un pour une infraction quelconque n’étaient pas respectées quand il s’agissait de défendre quelqu’un accusé d’homosexualité notamment dans la partie qui concerne la présomption d’innocence et aussi dans l’analyse du fait matériel d’homosexualité.”
Ces manquements dans le code pénal du pays ont poussé Me. Alice Nkom à choisir de lutter pour défendre les personnes arrêtées pour la plupart de manière arbitraire comme c’était le cas pour Shakiro, une femme transgenre emprisonnée pendant plusieurs mois pour “tentative d’homosexualité”.
"Le 8 février 2021 j’ai été arrêtée de façon arbitraire. J’étais avec mon amie Patricia à Bonapriso pour un repas quand les voitures de la gendarmerie ont garé et nous ont emmené. C'était un coup monté par des homophobes du Cameroun. Les gendarmes m’ont dit qu’ils allaient m’emmener à la prison de New Bell par ce que je parlais ouvertement de l’homosexualité et ils disaient que j’avais un effet négatif sur les plus jeunes,” nous dit Shakiro, aujourd’hui refugiée en Belgique après s’être exilée au Nigeria.
La condamnation des personnes suspectés de pratiquer l’homosexualité était presque certaine avant que Me. Alice Nkom ne décide de lutter pour leurs droits. Les forces de sécurité au Cameroun manquent à leur responsabilité de protéger les personnes LGBT contre les agressions violentes et, au lieu de cela, arrêtent souvent les victimes, une stigmatisation sociale et une discrimination généralisée, permet aux violences de proliférer.
“Les suspects étaient systématiquement condamnés. Au départ, ils sortaient de la maison d’arrêt pour répondre aux convocations du tribunal mais il n'y avait pas eu d’enquêtes préalables ni de flagrant délit. Il y avait juste ces éléments apparents qui faisaient penser qu’ils étaient coupables. Ceci m’a beaucoup peiné. J'ai choisi de faire quelque chose par rapport à cela entant qu’activiste.”
Créatrice de l’association pour la défense des droits des homosexuels, ADHEFO en 2003, Me. Alice Nkom, a changé beaucoup de vies en dépit des bâtons que les autorités administratives mettaient dans ses roues.
“L’idée d’une association était nouvelle mais grâce à ma couverture d’avocat je pouvais défendre les causes qui m’intéressaient. Les ministres ont demandé ma radiation disant que je faisais l’apogée d’un crime mais je me suis bien défendue.”
Une fois les tribunaux fermés pour la journée, cette bataille continuait dans les rues
“J’ai été souvent menacée mais je n’ai pas baissé les bras. Les gens m’envoyaient des cailloux mais je continue le combat et maintenant les menaces se sont estompées. Au fur et à mesure que j’explique, les gens comprennent que c’est un combat pour la dignité humaine.”