2021-11-22
Tchad : Les organisations de la société civile face au COVID-19 et aux violations des droits humains.
News
Par Jacques NGARASSAL SAHAM, CILONG, membre de Forus au Tchad.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la pandémie de COVID-19 le 11 mars 2020. Alors que le Tchad ne compte actuellement qu’un nombre de morts relativement faible, ce chiffre est en augmentation. Les gouvernements tchadien et du monde entier ont mis en place des mesures de grande ampleur pour freiner la propagation de la maladie telles que des restrictions de déplacement, des couvre-feux nocturnes, l’interdiction de rassemblement et la distanciation sociale. Ces mesures ont eu des conséquences sociales et économiques dramatiques dans tous les secteurs de la société, notamment pour les organisations de la société civile (OSC). Les OSC ont une longue tradition des fonctions essentielles liées au développement, à l’humanitaire et à la mobilisation au Tchad, le plus souvent dans des conditions difficiles. Aucune réponse efficace à la crise de la COVID-19 ne pourra être trouvée sans leur implication. Cependant, au moment où leur contribution est plus importante que jamais, elles sont elles aussi confrontées à l’effet dévastateur de la pandémie sur leurs opérations et leur pérennité. Le présent article est le premier de ce genre à analyser exclusivement l’impact de la COVID-19 sur les OSC tchadiennes. L’article est basé sur une étude menée par la plateforme CILONG en 2020. Pour ce sondage, quatre objectifs ont été déterminés :
- Evaluer l’impact négatif de la pandémie sur le financement et les questions opérationnelles des OSC ;
- Comprendre comment les OSC gèrent et répondent à ces enjeux ;
- Mettre en avant l’implication des OSC tchadiennes dans les réponses nationales face à pandémie ;
- Identifier les opportunités qui émergent de la crise et les enseignements tirés.
Cet article présente un instantané de l’impact de la COVID-19 sur les OSC tchadiennes et décrit les nombreuses solutions qu’elles que les OSC utilisent pour faire face à la crise tout en protégeant leurs organisations et leurs membres. Il présente également les opportunités qui ont émergé de la crise et les principaux enjeux qui devront être traités pour soutenir le redressement et la pérennité des OSC tchadiennes.
Ce bulletin est réalisé en vue de rédiger un article sur l’impact de la pandémie à coronavirus sur les activités des organisations de la société civile au Tchad. Cet article a pour objectif de proposer des informations essentielles et de présenter aux bailleurs, aux gouvernements, au secteur privé et aux différents partenaires des données fiables sur leur engagement avec les OSC tchadiennes durant et après la pandémie. Il constitue également pour les OSC un outil permettant de renforcer la solidarité et d’étayer la mobilisation dans le but de soutenir la reconnaissance et le soutien de ses acteurs.
L’impact de la pandémie
L’impact le plus visible et le plus dramatique a été ressenti au niveau des financements et des programmes. Lorsque le Tchad a imposé des mesures de confinement visant à restreindre les déplacements des personnes et à juguler la transmission du virus, les OSC ont rencontré de nombreuses difficultés opérationnelles. Plusieurs OCS ont subi des restrictions de mouvement du personnel et au moins plus de la moitié ont constaté une réduction des interactions en face à face avec les communautés avec lesquelles ils travaillent. Ainsi, plus ou moins des partenaires ont dû réduire ou annuler leurs programmations alors que moins ont fait état d’une augmentation de la demande à l’égard des services qu’ils proposaient.
Les atteintes et violations des droits de l’homme
Après les décisions et mesures gouvernementales, les forces de l’ordre sont mobilisées sur le terrain pour assurer le respect de ces mesures. Dans la plus part de localités concernées par les premiers cas, les autorités administratives et militaires ont été responsables de violation des droits civils et politiques, des droits économiques sociaux et culturels et des autres violations contre les populations civiles dans le cadre de l’application des mesures contre la propagation du Covid-19.
De la liberté d’expression et l’accès aux informations
Certains citoyens voulant s’exprimer sur la manière par laquelle la crise est gérée se sont vus menacés, intimidés et traqués devant les instances judiciaires.
Des arrestations et amendes arbitraires, détentions illégales et de l’arnaque des agents de sécurité
En application des mesures relatives au couvre-feu, au confinement des villes et au port obligatoire des masques, les arrestations arbitraires et détentions illégales ont été enregistrées. Dans certaines provinces, les paysans ont été empêchés d’aller au champ et ont été arbitrairement arrêtés et détenus. Or l’article 22 de la Constitution stipule que « les arrestations et détentions illégales et arbitraires sont interdites ». D’autres part, 19 personnes ont été arrêtées avant l’heure légale d’entrée en vigueur du couvre-feu dans leur domicile en violation de l’article 45 de la Constitution qui stipule : « la propriété privée est inviolable et sacrée ». En plus des arrestations et détentions illégales, certains éléments des forces de défense et de sécurité ont imposé des amendes arbitraires et exorbitantes aux prétendus contrevenants.
Ainsi, dans la commune du 9ème arrondissement de N’djamena, au bord du fleuve Logone précisément à Tougoudé, les populations sont prises en otage. Dès 17 heures au lieu de 19 heures les forces de sécurité commencent la patrouille et toutes personnes trouvées est contrainte de « compléter le rang » (pour dire arrêter pour être conduite à la brigade). Les personnes arrêtées ne seraient libérées que le lendemain moyennant le paiement d’une amende variable à la tête du client pouvant atteindre 7500 FCFA.
© 2018 European Union (photo by Dominique Catton)