Forus

2023-09-19

Déclaration de l'Assemblée mondiale des peuples 2023

Le réseau Forus a contribué à l'Assemblée mondiale des peuples de cette année, à un moment charnière où l'attention du monde est concentrée sur le Sommet des Nations unies sur les ODD et son évaluation des progrès accomplis vers l'Agenda 2030 et les Objectifs de développement durable (ODD).
 
Cette année, l'Assemblée mondiale des peuples a rassemblé plus de 2000 militants dévoués et a rédigé une Déclaration qui peut être partagée avec les décideurs politiques, l' ONU, et les dirigeants au niveau national, régional et mondial. Vous trouverez ci-dessous la déclaration commune. Pour en savoir plus : peoplesassembly.global

Déclaration de l'Assemblée mondiale des peuples 2023

À mi-chemin de l'Agenda 2030, nous sommes encore loin d'atteindre les Objectifs de développement durable. Le projet de Déclaration politique 2023 ne s'engage pas à prendre les mesures urgentes nécessaires pour accélérer la réponse à la montée des inégalités et de la pauvreté, pour les droits humains, l'égalité des genres, la justice sociale, la paix et la pleine mise en œuvre de l'Agenda 2030 pour le développement durable. Nous exigeons des gouvernements qu'ils soient à la hauteur de la détermination politique et de la persévérance de la société civile et des militants, dans toute leur diversité. L'incapacité à réaliser les ODD - et encore moins à faire des progrès significatifs dans ce sens - serait catastrophique pour l'humanité et notre planète.

 

Cette Déclaration de l'Assemblée Mondiale des Peuples 2023, critique et interconnectée, co-créée par plus de 40 Assemblées des Peuples nationales et régionales et par les co-organisateurs de l'Assemblée Mondiale des Peuples, dans toute leur diversité, est notre vision partagée et collective d'un changement intergénérationnel centré sur les droits humains et la transformation du genre, afin de s'attaquer aux formes multiples et croisées de discrimination et de violence que la pandémie de COVID-19 a exacerbées, et d'accélérer les progrès hésitants vers la réalisation des ODD.

 

1. Justice économique et financière

  • Inverser les modèles actuels de consommation, de production, de gouvernance économique mondiale et de pouvoir de décision, en particulier dans le Nord, qui sont enracinés dans l'histoire coloniale et la concentration des richesses au sein d'une élite, conduisant à l'exploitation et à la destruction des personnes et de la planète.
  • Établir un cadre juridique multilatéral sous l'égide de l'ONU pour annuler, restructurer, suspendre et réduire les taux de la dette existante, et cesser d'inclure des conditions d'austérité dans toute nouvelle dette émise.
  • Appeler les gouvernements à répudier les dettes illégitimes qui ont porté préjudice aux populations et à la planète.
  • La privatisation fait passer les profits avant les personnes, ce qui est fondamentalement incompatible avec les obligations en matière de droits humains.
  • Rejeter la mainmise des entreprises sur les Nations unies et tous les autres espaces multilatéraux, notamment en négociant et en adoptant un instrument juridiquement contraignant sur les entreprises et les droits humains, et en établissant une convention contraignante et un organisme fiscal mondial sous les auspices des Nations unies.
  • Élaborer de nouveaux paradigmes de développement et de politiques publiques axés sur les soins, la justice, les droits de humains, les réparations et la restauration.
  • Respecter les engagements pris en matière de volume et d'efficacité de la coopération au développement, en particulier l'objectif de 0,7 RNB pour l'aide publique au développement (APD).
  • Abandonner les systèmes économiques qui reposent sur l'exploitation du travail sous-payé et non payé des femmes et des filles, ainsi que sur la répartition inégale des soins et des responsabilités domestiques.

2. Justice climatique et environnementale

  • Abandonner les fausses solutions à la crise climatique en faveur de solutions climatiques basées sur les droits humains qui donnent la priorité aux personnes plutôt qu'aux marchés, protègent les systèmes alimentaires écologiquement durables et les écosystèmes sains, soutiennent les droits des peuples autochtones à la terre, aux territoires et aux ressources, ainsi que le droit au consentement libre, préalable et éclairé en tant que droits humains.
  • Lorsque les populations autochtones et rurales, en particulier les femmes, ont des droits fonciers plus sûrs, elles sont mieux à même de protéger la biodiversité et de favoriser la résilience climatique, ce qui est de plus en plus urgent à mesure que la crise climatique s'aggrave.
  • Augmenter et tenir les promesses de financement pour le climat, y compris les pertes et dommages, conformément aux responsabilités communes mais différenciées.
  • Aborder les liens entre le changement climatique, la réduction des risques de catastrophe, la santé et les droits humains pour tous.
  • Garantir un accès suffisant, sûr, acceptable, accessible et abordable à l'eau et à l'assainissement grâce à des services publics, adéquats et communautaires.
  • Donner la priorité à l'investissement dans une transition juste vers des infrastructures et des technologies d'énergie renouvelable détenues par les communautés et contrôlées démocratiquement, tout en garantissant le respect de normes et de sources d'approvisionnement éthiques, non violentes et respectueuses des droits humains.
  • Adopter le traité de non-prolifération des combustibles fossiles.

3. Justice sociale et égalité des genres

  • Éliminer toutes les formes de discrimination et d'exclusion, y compris, mais sans s'y limiter, la caste, le travail et l'ascendance, la classe, la race, l'ethnicité, le genre, la sexualité, le handicap, l'âge, la religion, la géographie et d'autres marginalisations.
  • Protéger et faire respecter les droits humains, y compris les droits sexuels et génésiques, de tous les individus, en particulier des femmes, des filles et des personnes de sexe différent, en supprimant les lois et politiques discriminatoires qui criminalisent l'identité et l'expression de genre, ainsi que la sexualité. Faire progresser la santé et les droits sexuels et reproductifs en fournissant des soins de santé universels, en dispensant une éducation sexuelle complète et en reconnaissant l'accès à l'avortement comme un droit humain.
  • S'attaquer aux causes profondes de la violence fondée sur le genre et la prévenir en collaborant avec des groupes féministes pour lutter contre la misogynie, le patriarcat, l'âgisme et les normes sexistes néfastes, en se fondant sur les principes de l'intersectionnalité.
  • Prendre des mesures ciblées et durables pour éliminer les préjugés, les stéréotypes et la discrimination fondés sur le sexe. Garantir et allouer un financement public et des ressources aux systèmes de protection sociale, établir le Fonds mondial de protection sociale basé sur la solidarité et mettre en place une infrastructure sociale publique pour éliminer les inégalités.
  • Abandonner nos conceptions actuelles de la sécurité, militarisées et nationalisées, et adopter à leur place des conceptions de la sécurité centrées sur la sécurité humaine, l'autonomie corporelle et le respect des droits humains.

4. La société civile, les droits humains et les Nations unies

  • Inverser la tendance au rétrécissement et à la fermeture de l'espace civique dans de nombreux pays de toutes les régions du monde, en obligeant les États membres à rendre compte de leurs violations flagrantes des normes internationales en matière de droits humains.
  • Promouvoir l'accès et le leadership de la société civile, ainsi que sa participation et sa prise de décision significatives au sein des espaces et des processus de négociation de l'ONU, en particulier pour les communautés historiquement marginalisées et vulnérables.
  • Une société civile indépendante et pleinement financée est une condition préalable à l'élaboration de politiques qui nous permettront de vivre dans la dignité et l'égalité.
  • Reprendre le leadership des gouvernements et des Nations unies au secteur privé et à d'autres acteurs qui les encouragent à affaiblir ou à abandonner leurs obligations en matière de droits humains.
  • S'élever contre les récits et les actions anti-genre et anti-droits des acteurs étatiques et non étatiques, en ligne et hors ligne.
  • Protéger les défenseurs des droits humains contre les représailles, le harcèlement et la persécution lorsqu'ils s'engagent dans les espaces et les mécanismes des Nations unies, et abroger les lois et l'instrumentalisation des institutions judiciaires pour criminaliser la dissidence, la résistance, la vérification des faits, les rassemblements pacifiques, les protestations et la diffusion de l'information.
  • Défendre sans équivoque la liberté de parole, d'expression et de réunion en toute sécurité en sauvegardant les droits fondamentaux de tous les défenseurs des droits humains, des militants de la justice climatique, des défenseurs de l'environnement, des artisans de la paix, des journalistes et d'autres défenseurs féministes et socio-économiques, afin de leur permettre d'influencer positivement et en toute sécurité les résultats de ces processus mondiaux et régionaux actuels et à venir qui ont un impact sur nos vies et notre avenir.