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© Sebastien Barros
2025-08-26
Politique d'exclusion, surveillance et violences physiques : ce que les récents développements en Amérique latine signifient pour la société civile
Des restrictions imposées à la défense des droits des femmes en Argentine à la répression des voix autochtones au Paraguay, l'actualité en Amérique latine et en Amérique centrale révèle une régression par rapport aux progrès réalisés en matière d'égalité et d'inclusion, ainsi qu'un besoin urgent de solidarité, de résistance et de visibilité. Les réflexions de nos membres explorent ces développements et leur impact sur la société civile.
Argentine: faire taire une voix féministe de premier plan à l'OEA
Le féminicide de Chiara Paez, 14 ans, en 2015, a déclenché une action nationale en Argentine et a conduit à la première marche Ni Una Menos (Pas une de moins) contre la violence de genre. Ce mouvement transformateur s'est rapidement étendu au-delà de l'Argentine, se reproduisant au Pérou, en Uruguay, en Italie et en Allemagne, entre autres, mais inspirant également des manifestations dans toute l'Amérique latine et au-delà.
« Balance ton porc », « Un violador en tu camino » et #MeToo sont tous devenus des mouvements mondiaux, chacun émergeant de contextes socioculturels et nationaux différents, mais trouvant un écho au-delà des frontières.
Ancré dans la longue histoire de résistance de l'Argentine, en particulier celle des Mères et Grand-mères de la Plaza de Mayo, l'activisme féministe en Argentine est menacé depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement en 2023. Il s'agit d'un avertissement pour toute la région, qui est confrontée à des attaques agressives contre les droits des femmes, la justice sociale et la protection de l'environnement.
Le gouvernement argentin, dirigé par Javier Milei, a déposé une objection formelle auprès de l'Organisation des États américains (OEA) afin de « se dissocier » de l'inclusion de l'organisation Catholics for the Right to Decide (CDD), alléguant que son engagement en faveur de l'avortement légal violait le « droit à la vie dès la conception ». Bien que l'OEA n'ait pas accepté ce veto, l'Argentine a utilisé une note de bas de page officielle pour se dissocier de la présence de CDD, une tentative symbolique mais délibérée de saper la participation de la société civile aux forums internationaux.
CDD est une voix féministe respectée qui défend depuis plus de 30 ans les droits sexuels et reproductifs dans une perspective confessionnelle. Son exclusion témoigne d'une tentative plus large de la part de l'État de redéfinir qui peut s'exprimer au nom de la société dans les espaces multilatéraux – et qui ne le peut pas. Cela a suscité l'inquiétude des organisations féministes et de défense des droits humains, qui y voient une attaque non seulement contre une organisation, mais aussi contre la pluralité, l'expression civique, la justice reproductive et la « pluralité des voix dans les espaces multilatéraux », affectant la « participation démocratique de la société civile argentine ».
Les mouvements féministes et sociaux argentins ont toujours fait preuve de résilience. À la suite de l'incident à l'OEA, plusieurs organisations ont rencontré le représentant des droits humains des Nations unies en Amérique du Sud pour dénoncer cette tentative de censure.
Ce type de résistance civique n'est pas propre à l'Argentine. Dans toute la région, des menaces similaires contre les droits et la participation se heurtent à une forte opposition.
Paraguay : la fermeture d'un bureau menace la participation des autochtones
Au Paraguay, la récente décision du gouvernement de fermer le bureau central de l'Institut paraguayen des autochtones (INDI) dans la capitale, Asunción, a suscité des inquiétudes similaires.
Bien que présentée comme une mesure de décentralisation, les organisations autochtones avertissent que cette décision les éloigne effectivement du centre politique du pays, réduisant ainsi leur capacité à défendre leurs intérêts, à accéder aux services ou à influencer les politiques.
Des groupes tels que MAIPy (Table ronde autochtone du Paraguay), ANIVID (Articulation nationale autochtone pour une vie digne) et CONAMURI (Coordination des femmes rurales et autochtones) ont dénoncé cette décision comme étant unilatérale, non consultative et préjudiciable à la représentation autochtone. Elle intervient dans un contexte de tensions croissantes, notamment d'expulsions massives, de négligence du gouvernement et de contraintes budgétaires qui marginalisent déjà les communautés autochtones.
Panama : violations des droits humains lors de manifestations
Au Panama, dans la province de Bocas del Toro, le bureau du médiateur et le Mécanisme national de prévention de la torture ont publié un rapport préliminaire sur les violations des droits humains commises lors d'un récent état d'urgence au cours duquel des manifestants s'opposaient à une loi sur la réforme des retraites. Les détenus ont fait état de passages à tabac, de menottes prolongées et de coercition, ce qui a incité le médiateur à déposer une plainte pénale auprès du procureur général.
La gravité de ces abus souligne le recours croissant à la violence étatique et aux pouvoirs d'urgence pour réprimer les manifestations publiques et les droits des travailleurs et des personnes âgées, qui sont déjà confrontés à des conditions précaires au premier maillon de la chaîne d'approvisionnement, souvent sans obligation de rendre des comptes et dans un climat d'impunité.
Selon la fundación libertad ciudadana, « déclarer l'état d'urgence pour rétablir l'ordre est légitime si cela est fait dans le respect des formes et des limites prévues par l'article 55 », mais cela ne permet pas de porter atteinte à « des garanties essentielles telles que l'habeas corpus, le contrôle judiciaire ou la confidentialité des communications ».
Mexique : l'accélération du processus législatif sape la participation civique
Au Mexique, le pouvoir législatif a fait adopter 22 réformes juridiques majeures en seulement 10 jours, dont beaucoup ont des implications profondes pour l'espace civique, la vie privée et le fonctionnement de la société civile. La nouvelle loi générale sur le système national de sécurité publique introduit notamment une surveillance de masse par le biais d'un système d'information centralisé, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'ingérence de l'État et aux violations des libertés fondamentales et de la vie privée en ligne.
Si certains mouvements populaires (tels que les collectifs de mères à la recherche de personnes disparues) ont réussi à se faire entendre, cela est dû à la pression publique plutôt qu'à une inclusion significative. Les groupes de la société civile ont averti que la nouvelle loi risquait d'institutionnaliser la surveillance, de réglementer de manière excessive les OSC et de consolider le pouvoir exécutif.
Pérou : restriction et surveillance de la société civile
Au Pérou, la loi APCI (Ley de la Agencia Peruana de Cooperación Internacional) a été initialement conçue pour réglementer et coordonner les efforts de coopération internationale au Pérou. Cependant, depuis sa création, elle suscite des inquiétudes parmi les organisations de la société civile, en particulier lorsqu'elle est appliquée pour restreindre ou surveiller leurs sources de financement et leurs activités, dans un contexte déjà difficile.
Par exemple, l'application récente de la loi APCI dans le contexte de l'affaire Baguazo - un conflit impliquant des communautés autochtones et les forces de l'ordre en 2009 - a déclenché des protestations concernant l'utilisation de cette loi pour contrôler les ONG impliquées dans la défense des droits humains ou la protection de l'environnement, créant ainsi un dangereux précédent susceptible de criminaliser le travail légitime de la société civile.
Proética considère que « cette mesure peut créer un précédent en termes de violation des droits fondamentaux tels que la liberté d'association, d'expression, d'opinion et de participation citoyenne, car elle qualifie d'infraction très grave le fait d'intenter une action administrative et judiciaire contre l'État. La loi APCI est utilisée pour restreindre l'exercice de la représentation juridique précédemment assurée par les associations civiles, ce qui affecte directement le droit à la défense des personnes et des communautés qui s'opposent à l'État dans des affaires de violations des droits humains et d'actes de corruption ».
Colombie : homicides et menaces contre des leaders sociaux
En Colombie, on observe une augmentation soutenue des homicides et des menaces contre des leaders sociaux, des défenseurs des droits humains et des signataires de l'accord de paix. Plus récemment, le 11 août 2025, le sénateur Miguel Uribe Turbay est décédé après avoir été abattu lors d'un rassemblement politique à Bogotá le 7 juin, alors qu'il était candidat à l'élection présidentielle de 2026.
Ces événements se produisent dans un contexte de fragmentation des acteurs armés et de faiblesse des capacités de l'État en matière de protection préventive dans les zones rurales et périurbaines. Le climat électoral était déjà marqué par la polarisation ; la mission d'observation électorale a signalé une augmentation des incidents violents contre des acteurs politiques, en particulier au niveau local. Les organisations internationales, dont l'ONU, ont également mis en garde contre une augmentation des signalements d'homicides contre des défenseurs. Cette recrudescence menace la coordination communautaire, réduit la participation sociale et érode la crédibilité du système démocratique. Elle crée un climat de peur dans les espaces de participation politique et renforce la vulnérabilité des candidats aux élections.
« Cette recrudescence de la violence a des effets directs sur l'environnement propice à la participation citoyenne : la peur remplace l'action civique, l'action collective est restreinte, la méfiance entre les acteurs s'accroît et la légitimité des autorités s'affaiblit. La démocratie perd sa crédibilité en tant qu'horizon commun, et cette situation est exploitée par les acteurs de la guerre, qui renforcent leurs bannières de contrôle et de sécurité, reléguant au second plan les autres droits et la justice sociale », explique un membre du réseau de l'EU SEE en Colombie.
Ces développements appellent une résistance collective et un plaidoyer stratégique. La société civile d'Amérique latine et d'Amérique centrale doit continuer à construire des alliances transnationales, à documenter les violations et à demander des comptes aux gouvernements. L'EU SEE est prête à les soutenir.
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Cet article a été rédigé avec le soutien des membres du réseau EU SEE en Amérique latine.
2025-06-20
EU SEE - Resources - Shedding light on critical trends in the enabling environment for civil society. EU SEE est un consortium d'organisations de la société civile internationale et de membres de réseaux présents dans 86 pays. Le partenariat met en œuvre un mécanisme d’alerte précoce et de suivi pour documenter les changements et mettre en lumière les tendances critiques de l’environnement favorable à la société civile.