2020-07-27
Étude de Forus sur la société civile en Afrique : Les voies à suivre
News
Sarah Hénon, Responsable du développement
Depuis l'automne 2019, Forus et nos membres africains ont entrepris un riche voyage d’étude pour explorer les dynamiques de la société civile en Afrique. Nous avons travaillé avec l'équipe du Centre pour le développement international et la formation (CIDT) de l'Université de Wolverhampton, dirigée par le Dr Aurelian Mbzibain, avec les chercheurs Téodyl Nkuintchua, Sarah Thomas et Habiba Mohamed, pour mieux comprendre les réseaux et les plateformes africains, et comment renforcer la collaboration au sein de Forus.
Cette étude a été un réel exercice d’écoute des membres de Forus en Afrique. L'équipe de recherche nous a guidés pour poser les questions difficiles, et avoir un dialogue équilibré sur les points forts et les domaines à améliorer. Pour leurs idées et leur ouverture, je tiens à remercier sincèrement la formidable équipe du CIDT et tous les membres africains du réseau Forus qui ont apporté leurs idées : les 6 plateformes qui ont reçu l'équipe de recherche dans leur pays, y compris le CNONGD (RDC), le CFRONG (Bénin), ZCSD (Zambie), TANGO (Gambie) et le CILONG (Tchad), les 14 autres plateformes qui ont participé aux entretiens et aux discussions, les délégations de l'UE de plus de 10 pays, les experts indépendants et les organisations membres des plateformes.
En juillet 2020, nous avons organisé deux webinaires, en anglais et en français, pour discuter des conclusions préliminaires avec les membres africains anglophones et francophones, et nous avons identifié quelques pistes intéressantes pour renforcer notre collaboration. Nous vous présentons ci-dessous les cinq points clés qui ont été abordés, et cinq pistes à suivre à la suite de l'étude. Le résumé complet des résultats sera bientôt disponible en anglais et en français sur le site internet de Forus.
Voici quelques-uns des principaux points de discussion ayant été abordés :
1. La prolifération des plateformes de la société civile et la croissance de nouvelles formes de société civile (comme les mouvements) : cela soulève la question de savoir comment définir la "société civile" ? Au-delà de son aspect académique, cette question a des répercussions importantes pour la promotion d'un environnement favorable pour la société civile, alors même que de nombreux gouvernements et parlementaires africains font pression pour que des lois réglementent, et parfois limitent, les voix de la société civile.
2. Atteindre un équilibre entre l'inclusion et l'efficacité : il s'agit d'une tension essentielle pour les réseaux. Toutes les plateformes veulent aller vite et être agiles, tout en cherchant à être inclusives et à s'assurer que personne n’est laissé de côté. Quel est le point d’équilibre entre devenir "plus large" et "plus agile", et qu'est-ce que cela signifie pour la représentativité ?
3. Atteindre un équilibre entre le rôle technique et le rôle politique: les réseaux doivent jouer un double rôle, étant à la fois une plateforme fournissant des services techniques à leurs membres, et une organisation de plaidoyer dans un environnement politique complexe. Ces deux domaines sont importants et peuvent se nourrir l'un l'autre, pour que les plateformes puissent agir comme des interlocuteurs légitimes et crédibles du gouvernement.
4. Le travail de plaidoyer au niveau régional: comment créer un agenda régional commun, sans "diluer" les questions et les positionnements à leur dénominateur le plus commun. Les plateformes nationales africaines ont de bonnes expériences de construction d'actions communes, chaque acteur tirant parti de son expertise. Comment continuer à soutenir et à financer les actions transnationales, tout en valorisant les spécificités de chacun des contextes ?
5. Soutenir le renouvellement et l'adaptation des plates-formes : la société civile est en constante évolution, et les réseaux doivent l’être aussi. Cela nécessite des processus solides pour le renouvellement du leadership, des méthodes innovantes pour établir des liens avec les jeunes et les mouvements sociaux, et la capacité d'assumer et de répondre à de nouvelles initiatives.
Voici 5 voies à suivre pour renforcer la collaboration au sein de Forus suite à l’étude:
1. Continuer à organiser des discussions sur la viabilité financière, la question des ressources restant centrale. L'un des principaux domaines d'intérêt de nos membres est l'échange entre pairs autour des expériences des plateformes nationales qui reçoivent un soutien financier de leur propre gouvernement, et d'autres moyens de diversifier le financement et d'exploiter les ressources africaines.
2. Approfondir les discussions sur le rôle des plateformes créées par les états ou institutions multilatérales, comme les gouvernements nationaux ou de l'UE. Forus et nos membres poursuivront le dialogue avec nos alliés institutionnels sur ce sujet, ainsi qu'à travers une étude en cours sur le rôle des plateformes dans la promotion d'un environnement favorable à la société civile.
3. Appuyer les plateformes dans la gestion de la diversité et des tensions qui existent entre différentes organisations, y compris les organisations confessionnelles, LGBTQI et féministes. Forus explorera les moyens de renforcer la solidarité et la cohésion au sein du mouvement de la société civile, afin de garantir que les plateformes puissent inclure un large éventail d'organisations malgré les différences.
4. Faciliter les discussions avec les plateformes d'autres continents, afin d'explorer les points communs ainsi que les différences avec les membres de Forus en Asie, dans le Pacifique, en Amérique latine et en Europe. Les expériences et les enseignements du continent africain seront partagés, en particulier à l'occasion de l'Assemblée générale de 2021.
5. Poursuivre notre plaidoyer en faveur du financement du développement des capacités, et en particulier du développement des capacités institutionnelles. Le plaidoyer de Forus, notamment autour des ODD 16 et 17, continuera à souligner que les ressources doivent être affectées au développement des capacités des organisations, pour une société civile africaine florissante et durable.
Nous sommes convaincus que les résultats de cette étude nous permettront de renforcer l'engagement et le leadership des plateformes africaines au sein du réseau, et à long terme, l'influence de la société civile africaine sur la scène mondiale. Forus est à l'écoute de ses membres et se met continuellement au défi d'améliorer son modèle et ses approches. Nous espérons reproduire des études similaires avec des membres d'Asie, d'Amérique latine, du Pacifique et d'Europe dans les années à venir.
Photo : "Exercice participatif lors de l'atelier à Gaborone, Botswana, mars 2020"