mer. 14 oct. 2026

De la sous-traitance à la solidarité : le rééquilibrage des rapports de force dans les partenariats de développement – Dr Moses Isooba, coprésident de Forus

Aid Matters


L'événement « Aid Matters » a mis en lumière l'importance des partenariats. Des partenariats solides reposent sur la confiance, l'apprentissage mutuel, une réflexion permanente et la volonté de s'adapter à des réalités en constante évolution. Alors que notre secteur est confronté à des défis de plus en plus importants, il est plus crucial que jamais d'investir dans nos partenariats et de les renforcer.

Lors de la conférence « Aid Matters 2026 » à Vienne, Moses Isooba, directeur exécutif du Forum national des ONG ougandaises et coprésident de Forus, a appelé à un changement fondamental dans la manière dont les partenariats de développement sont compris et mis en œuvre : passer de la sous-traitance à la solidarité, et de la consultation au partage du pouvoir. 

 

S’exprimant lors de la conférence Aid Matters 2026, organisée par Global Responsibility sur le thème « Le pouvoir des partenariats », Moses Isooba a apporté le point de vue de l’Ouganda et, plus largement, du « monde de la majorité » à une question centrale à laquelle est confronté le développement international : que signifie réellement le partenariat lorsque le pouvoir de décision et le contrôle des ressources restent concentrés entre les mains d’une poignée de personnes ? 

Comme l’a dit Moses : « Le pouvoir se déplace lorsque trois éléments changent : qui décide, qui détient les ressources et qui définit la réussite. » 

 

Ce message fait directement écho au travail de longue date de Forus visant à renforcer le rôle des plateformes nationales de la société civile et à garantir que la coopération au développement soit façonnée par les organisations, les communautés et les mouvements les plus proches des enjeux.  

 

De la localisation au transfert de pouvoir 

 

Les membres de Forus réclament depuis longtemps que la localisation aille au-delà du simple transfert des responsabilités de mise en œuvre. Le discours de Moses renforce cette distinction, en faisant valoir qu’une mise en œuvre locale sans prise de décision relève de la sous-traitance, tandis qu’un leadership local sans ressources équivaut à un abandon. 

 

« Nous ne pouvons pas construire un nouveau système de développement avec les hypothèses, les structures et les rapports de force de l’ancien. Nous devons cesser de considérer les partenariats avant tout comme des mécanismes de mise en œuvre de projets. Les partenariats doivent être perçus comme des relations à travers lesquelles nous construisons un pouvoir collectif pour résoudre des problèmes qu’aucune organisation, aucun pays ni aucun secteur ne peut résoudre seul », a-t-il déclaré. 

 

Un véritable transfert de pouvoir implique de donner aux acteurs locaux et nationaux une autorité réelle sur les priorités, la conception des programmes, les budgets et l’adaptation — tout en garantissant l’accès à un financement à long terme, flexible et prévisible. 

 

Cela implique également de reconnaître que les organisations locales disposent déjà de connaissances, de réseaux, de légitimité et de capacités de leadership. Plutôt que de se demander comment les organisations internationales peuvent « renforcer » leurs capacités, Moses invite le secteur à s’interroger sur ce qui existe déjà, et sur les ressources et l’espace nécessaires pour que ces capacités s’épanouissent. 

 

Moses appelle également à une autre forme de solidarité : « une solidarité qui renforce l’autonomie locale plutôt que la dépendance institutionnelle. La solidarité est notre monnaie et notre plus grande ressource renouvelable ». 

Cela revêt une importance particulière pour les plateformes nationales de la société civile. Comme le souligne Moses à travers l’expérience du Forum national des ONG ougandaises, les plateformes ne se contentent pas de mettre en œuvre des projets : elles mettent en relation les organisations, élaborent des positions collectives, défendent l’espace civique, influencent les politiques et renforcent la responsabilité. Soutenir des organisations individuelles sans investir dans l’écosystème plus large de la société civile risque d’entraîner une localisation des projets sans localisation du pouvoir. 

 

Parallèlement, les partenariats doivent considérer les communautés et les organisations locales comme des co-investisseurs, et non comme de simples bénéficiaires. « Les communautés apportent leurs connaissances, leurs réseaux, leur légitimité, leur engagement bénévole, leurs ressources locales, leur mémoire institutionnelle, leur courage et leur confiance. Les ressources financières ne constituent qu’une forme de capital au sein d’un partenariat », a souligné Moses. 

 

« Chacun a sa parole. Le problème, c’est que seuls quelques-uns d’entre nous ont le micro. L’objectif n’est donc pas de « donner la parole » aux communautés, mais de démocratiser l’accès au micro et à la prise de décision. » 

 

Les partenariats ont besoin d’un environnement favorable 

 

Le discours d’ouverture établit également un lien entre le développement mené localement et une autre question au cœur du travail de Forus : la protection et la promotion de l’espace civique et d’un environnement propice à la société civile. 

 

Moses fait valoir que les acteurs locaux ne peuvent pas jouer un rôle moteur s’ils sont criminalisés, soumis à des restrictions, exclus des processus décisionnels publics ou privés d’accès aux ressources. « Le développement mené localement ne peut pas s’épanouir là où l’espace civique est étouffé », souligne-t-il. 

 

Cela signifie que modifier les relations de financement ne suffit pas à lui seul. La coopération au développement doit également soutenir les conditions plus larges qui permettent à la société civile de s’organiser, de participer, d’influencer les décisions et de demander des comptes aux institutions – notamment la nécessité d’une participation significative, l’accès aux ressources, la responsabilité et la protection de l’espace civique. 

 

Du partenariat en tant que mécanisme de projet au partenariat en tant que pouvoir collectif 

 

Moses appelle finalement à une conception différente du partenariat : une conception qui aille au-delà de l’utilisation des partenariats principalement comme des mécanismes de mise en œuvre de projets. 

 

C’est également au cœur de l’approche de Forus en matière de création de réseaux : mettre en relation les organisations de la société civile et les plateformes à travers les pays et les régions afin qu’elles puissent partager leurs connaissances, élaborer des positions collectives et renforcer leur influence. 

 

La question, comme le formule Moses, est la suivante : « Quelles décisions sommes-nous prêts à partager, quelles ressources sommes-nous prêts à céder, et quels risques sommes-nous prêts à assumer ensemble ? Un partenariat équitable ne consiste pas à offrir aux acteurs locaux une place à notre table. Il s’agit de reconnaître que la table, l’ordre du jour et les ressources doivent être définis et appropriés ensemble. » 

 

Ce sont là des questions qui continueront à orienter le travail de Forus avec ses membres et ses partenaires — du développement piloté localement et de l’espace civique au financement du développement durable, en passant par le renforcement des partenariats entre la société civile et les institutions de développement. 

 

Lire l’intégralité du discours d’ouverture 

 

Le discours d’ouverture complet de Moses Isooba, « Le pouvoir des partenariats – Faire évoluer la coopération au développement de la sous-traitance à la solidarité », explore ces questions plus en profondeur et présente cinq changements concrets pour passer de la consultation à la gouvernance partagée, de projets restreints à un financement de qualité, du transfert de risques au partage des risques, du renforcement des capacités à la transformation mutuelle, et de la préservation institutionnelle à des rôles internationaux plus ciblés. Lisez le discours d’ouverture dans son intégralité ci-dessous.

mer. 14 oct. 2026

Aid Matters 2026 | Recap