2020-04-17
Pour la défense de la vie : solidarité, démocratie et paix face à la pandémie de COVID-19
News
Membre de Forus, La MESA de Articulación (plateforme d’articulation) des associations nationales et des réseaux d'ONG d'Amérique latine et des Caraïbes, un organisme qui rassemble des milliers d’organisations de la société civile, s’adresse au public pour exprimer sa préoccupation à l'égard du sens des actions que plusieurs états nationaux entreprennent pour faire face à l’épidémie du coronavirus (COVID-19) sur notre continent.
Nul doute sur la gravité de la pandémie. En revanche, dans plusieurs pays, les gouvernements ont tardé à prendre les mesures de protection et de prévention nécessaires et souvent, ils promeuvent des politiques qui bénéficient seulement à la frange la plus élitiste de la population. Pire encore, dans certains pays de la région, la criminalisation des mouvements sociaux et les assassinats de leurs leaders se poursuivent. Ces attaques doivent cesser sans plus tarder.
La situation de vulnérabilité de la population migrante vénézuélienne, des peuples autochtones et des personnes privées de liberté nous inquiète. Nous nous portons notamment solidaires avec les citoyens de Guayaquil, Équateur, contre la situation inhumaine et indigne dans laquelle meurent les personnes infectées par le virus.
La pandémie a mis en lumière l'échec de la politique néolibérale de l'Amérique latine et des Caraïbes qui a privatisé la santé et les services de santé, à présent débordés parce qu’ils n'ont pas la capacité de répondre aux urgences hospitalières. Elle a de nouveau mis en évidence les inégalités sociales et nous invite à proposer un autre modèle de croissance économique et de développement.
C’est pourquoi les mesures doivent être de nature universelle et répondre aux besoins d'information, d'attention et de protection de toutes les couches sociales, et en particulier des plus vulnérables en raison de leur âge, de leurs conditions physiques, territoriales ou économiques.
Les actions d'isolement social sont nécessaires, mais afin que ces mesures soient efficaces, il est essentiel que les gouvernements nationaux mettent en œuvre d'urgence des politiques de revenu minimum à destination des grands secteurs sociaux qui vivent en marge de l'économie formelle. De même, la stabilité de l'emploi des travailleurs dans les activités non essentielles doit être garantie.
Il faut également veiller à ce que les équipements de protection individuelle soient fournis aux professionnels de santé, aux services de récupération et de traitement des déchets et aux professionnels des transports publics ; que les droits en matière d'informations publiques concernant l'évolution de la pandémie du nouveau coronavirus et la transparence des mesures et que l'utilisation des ressources publiques pour y faire face, soient garantis.
Dans ce contexte, les gouvernements ne doivent pas assumer les tâches des organisations et des mouvements sociaux mais doivent au contraire soutenir ces initiatives et tirer parti de leur capacité et de leur légitimité pour agir auprès des communautés les plus vulnérables.
Il est essentiel que les gouvernements nationaux agissent avec transparence, en respectant les droits de l'homme, les formes autonomes d'organisation et les mouvements sociaux ; que les réseaux de solidarité communautaire soient encouragés et soutenus par des ressources humaines, matérielles et financières. Dans cette perspective, nous devons accorder une attention particulière aux mesures visant à éliminer et à isoler les communautés populaires ou les structures sociales au nom de la lutte contre la pandémie. Nous demandons également d'accorder une attention à l'augmentation de la violence domestique due à l'isolement prolongé des familles.
La MESA de Articulación (la plateforme d'articulation) continuera à contribuer, en orientant ses membres au respect des mesures d'isolement social au sein de leur siège, à travers des actions de mobilisation de ressources financières afin de soutenir les réseaux de solidarité dans les périphéries, les zones rurales, les quilombos et les communautés autochtones de nos pays, de même qu'en plaidant auprès des parlements pour décider d'urgence des politiques nécessaires, approuver la mise à disposition des ressources, contrôler les hausses de prix abusives et être responsables des mesures qui protègent efficacement la vie.
Nous continuerons à suivre la progression de la pandémie dans nos pays et à suivre les mesures prises par les autorités publiques constituées, à dénoncer les violations des droits de l'homme et de la démocratie, en faisant appel à l'esprit de solidarité, de défense de la vie et du bien commun.
Nous vivons dans une époque de profonde transition, où les valeurs d'un marché “tout-puissant” se sont révélées incapables de promouvoir le bien commun ; où la solidarité, le sentiment d'humanité, de vie en groupe, le rôle des communautés, la protection de l'environnement, se démarquent des guerres, des génocides, de l'exclusion et des inégalités. L'Amérique latine post-pandémique pourrait devenir un continent plus solidaire, plus démocratique et moins inégalitaire. Nous nous mobiliserons et nous mobiliserons dans ce sens.