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© Bompata, DRC. UN Photo - Marie Frechon.

2025-04-15

« Dans notre pays, la justice est un luxe » : Défendre les femmes et les filles en République démocratique du Congo

Au cœur de la République démocratique du Congo (RDC), où le conflit fait rage depuis des décennies, les femmes et les filles sont confrontées à d'immenses défis. Pourtant, au milieu de la lutte, il y a de l'espoir. Des organisations comme Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI) sont en première ligne, luttant pour les droits, la dignité et la sécurité des femmes et des filles.

 

Une crise qui ne peut être ignorée

 

Depuis plus de 30 ans, le conflit armé en RDC a déplacé des millions de personnes, et les femmes et les enfants portent sur leur peau et sur leur cœur la violence. Ces derniers mois, la crise s'est aggravée, forçant des milliers de personnes à quitter leur foyer. La violence sexiste, le manque d'accès aux soins de santé et les difficultés économiques ont atteint des niveaux catastrophiques. 

 

« La situation est très difficile pour les femmes et les enfants, qui sont touchés à plusieurs reprises par ces conflits », déclare Sandrine Lusamba, coordinatrice nationale de SOFEPADI dans un entretien avec Bibbi Abruzzini du réseau mondial de la société civile Forus. « Ils sont confrontés à d'énormes défis en matière de protection : l'accès à l'aide humanitaire, aux soins de santé, à l'eau potable et aux services d'assainissement est très limité. »

 

Selon Sandrine, la dernière escalade de la violence à Goma a laissé de nombreuses personnes sans nulle part où aller. « Les camps de déplacés n'existent plus. Des milliers ont été renvoyés dans leurs villages sans aucun soutien, sans aucun plan. D'autres ont trouvé refuge dans des églises ou des familles d'accueil. Beaucoup ont tout simplement disparu », explique Sandrine.  

 

Justice pour les survivants : la lutte contre l'impunité

 

L'accès à la justice en RDC est une bataille difficile. Les tribunaux sont éloignés, les frais juridiques sont élevés et les survivantes sont souvent confrontées à la stigmatisation plutôt qu'au soutien. SOFEPADI change cela en couvrant les frais de justice pour les survivantes, en organisant  des tribunaux itinérants pour rendre justice directement aux communautés et en sensibilisant pour lutter contre les normes sociétales néfastes.

 

« La justice dans notre pays est un luxe », déclare Sandrine Lusamba. « La plupart des survivants n'ont pas les moyens d'engager des poursuites judiciaires, et les tribunaux sont souvent loin de chez eux. C'est pourquoi nous leur rendons justice. Nous organisons des audiences foraines, couvrant tous les coûts – transport, hébergement, frais juridiques – afin que les survivantes puissent enfin faire entendre leur voix.

 

L'impact change la vie. Sandrine se souvient de l'histoire d'un survivant :

 

« Après une audience foraine, une femme est venue nous voir et nous a dit : « Pendant des années, j'ai été rejetée et stigmatisée. Mais aujourd'hui, tout le monde dans ma communauté a vu mon agresseur condamné. Ils comprennent enfin que j'étais une victime, pas une faute. C'est pourquoi nous nous battons pour la justice.

 

Au-delà de la guérison : reconstruire des vies

 

Les survivantes de violences sexuelles et sexistes ont besoin de plus qu'un simple soutien juridique, c'est pourquoi SOFEPADI offre des soins holistiques. Leurs services comprennent un traitement médical pour les survivantes de viol et d'abus, un soutien psychologique pour aider à traiter les traumatismes et des programmes d'autonomisation économique qui permettent aux femmes de retrouver leur indépendance.

 

L'un des cas les plus inspirants est celui d'une jeune fille qui est arrivée à la SOFEPADI en 2017 après avoir été violée. « Elle était profondément traumatisée et a rejeté son nouveau-né », se souvient Sandrine. « Sa mère s'est occupée du bébé pendant que nous les soutenions tous les deux. Nous avons récolté des fonds pour la renvoyer à l'école. Aujourd'hui, elle est infirmière de formation, travaillant dans notre propre centre médical.

 

Comment pouvez-vous aider ?

 

Les femmes de la RDC ne peuvent pas mener ce combat seules : « Chacune d'entre nous a un rôle à jouer », affirme Sandrine. Nous avons besoin que les gens parlent au nom de la RDC. Exigez la paix. Exigez justice. Avec les conflits en cours et la réduction des financements internationaux, les besoins augmentent, mais les ressources diminuent. Chaque geste, aussi petit soit-il, peut changer des vies.

 

Solidaires des femmes de la RDC. Marche pour la justice. Marche pour l'égalité.

 

Écoutez l'épisode du podcast mettant en vedette SOFEPADI ici