2020-04-09
Pays à revenus intermédiaires, une population malnutrie, un contraste terrible en République du Congo
News
Par CCOD, membre de Forus en République du Congo
Une situation socio- économique contrastée
La République du Congo est un pays d’Afrique centrale de 342 000 km2, située entre la République Démocratique du Congo, la République Centrafricaine, la République du Cameroun, la République du Gabonaise et République de l’Angola. Sa population est estimée à 4 085 422 habitants dont 51.7% de femmes et 48.3% d’hommes. Les enfants de moins de 5 ans représentent 14% de la population nationale.
La population congolaise est répartie à 56% entre Brazzaville et Pointe-Noire. Elle est relativement jeune, car 62.8% est âgée de moins de 30 ans. Le taux de croissance démographique annuel est de 3% et au rythme actuel, la population congolaise pourrait doubler d’ici 2035 ou 2040 et atteindre 7 millions voire 8 millions d’habitants.
Les indicateurs économiques du Congo le placent dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire inférieur. L’économie congolaise dépend essentiellement de l’exploitation pétrolière qui contribue à plus de 80% du budget national et des dépenses publiques. Sur la période 2008-2011, le Congo a connu une croissance moyenne annuelle proche de 7%, tirée aussi bien par le secteur pétrolier (8.1%) que par le secteur hors pétrole, malgré la crise économique mondiale. En 2010, le Congo a enregistré un taux de croissance évalué à 8,7% ; mais sa base productive est faible et peu diversifiée. Toujours en 2010, le Congo a atteint le point d’achèvement de l’IPPTE (Initiative Pays Pauvres Très Endettés) lui permettant ainsi de réduire substantiellement sa dette extérieure.
Au cours de la décennie écoulée, le Gouvernement a initié un programme ambitieux d’investissements structurants afin de diversifier son économie, accélérer la croissance, créer des emplois, réduire la pauvreté et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Pour relever ces défis, le Gouvernement s’est engagé dans un vaste chantier de prospective (Congo vision 2025 en cours de finalisation) et de planification stratégique ayant permis l’élaboration du plan national de développement 2012 - 2016.
Sur le plan socio-économique, le chômage touche 7% de la population active dont 10% en milieu urbain contre 1.7% en milieu rural. Entre 2005 et 2011, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 50.7% à 46.5% avec une persistance de l’accentuation de la pauvreté en milieu rural comparativement au milieu urbain. Les principales causes de la pauvreté demeurent : (i) le manque de travail (91.5%) ; (ii) la mauvaise gestion publique (63%) ; (iii) l’insuffisance de revenu (59%) et (iv) la corruption (51.6%).
Sur le plan sanitaire, en comparant les données de l’EDS de 2005 et celles de MICS 2014-2015, les mortalités infantiles ont connu une baisse significative au Congo entre 2005 et 2015, sans atteindre malheureusement les cibles ni de la Feuille de Route 2008-2015, ni celles des OMDS. Le taux de mortalité néonatale a été réduit de 12 points, allant de 33 décès pour 1.000 NV ; la mortalité infantile est passée de 75 à 35 décès pour 1.000 NV (28 décès pour 1.000 NV cible OMD).
La malnutrition souvent accompagnée d’anémie reste préoccupante chez les moins de 5 ans, dont 21,3% ont souffert de malnutrition chronique en 2014, 8,2% de malnutrition aigüe, 12,3% d’insuffisance pondérale et de 5,9% d’obésité. L’allaitement exclusif au sein qui diminue le risque d’infections gastro-intestinales et des voies respiratoires supérieures n’était que de 32,7%6 en 2014, largement en dessous de l’objectif de 80% fixé par l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS).
La carence en micronutriments essentiels pour le développement qui peuvent être évoqués pour les enfants congolais concerne le fer et la vitamine A, constituant un véritable problème de santé publique.
Une malnutrition presque endémique
La République du Congo a adhéré au mouvement Scalling up nutrition (SUN), depuis le mois d’octobre 2013, avec selon l’EDS II, une prévalence nationale pour la malnutrition chronique est 24.4% . Toutes fois, ce taux cache certaines disparités départementales. Les départements a forte prévalence tels que : ceux de la Lékoumou (39%), les Plateaux (36%), celui de la Sangha (35%), le Kouilou (32%), la Likouala (29%), la Cuvette-Ouest (29%), le Pool (28%) et le Niari (27%).
Aussi, les taux comme : Retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans : 21.2%, faible poids à la naissance 13%, allaitement maternel exclusif, 32.7%, Emaciation chez les moins de 5 ans 8.2%, surpoids chez les moins de 5 ans, 5.9%, Anémie chez les femmes en âge de procréer (15-49 ans) 50.7%, surpoids chez les adultes : 33.6%, Obésité chez les adultes 11%, Diabète chez les adultes : 9.4%.
Une approche de solutions salvatrices
Dopé par ces chiffres moins reluisant de la situation nutritionnelle du pays, le gouvernement de la république a mis en place le 11 avril 2017, un Comité ad hoc national de lutte contre la malnutrition qui a été établi au niveau central, par une note de service, dans l’attente de la révision du décret instituant un Conseil national de lutte contre la malnutrition (CNLM). Le nouveau Comité regroupe les points focaux nutrition identifiés au sein de la présidence de la république, de la primature, du Sénat et de l’Assemblée nationale, des ministères sectoriels et des agences des Nations unies. Sa coordination est assurée par le point focal SUN, le Ministre secrétaire général de la présidence de la république.
Une société civile qui s’engage
La plateforme multi-acteurs existante, dans le cadre du volet sécurité alimentaire et nutritionnel du Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement, pourra être intégrée au Comité. Par manque de plateforme de participation du secteur privé, de la société civile et des donateurs, toutes ces entités parties prenante dans la lutte contre la malnutrition ne sont pas prises en compte dans la mise en place du CNLM. C’est ainsi, afin de combler ce vide et aussi de contribuer efficacement au côté des pouvoirs publics à la lutte contre la malnutrition en République du Congo, le Conseil de Concertation des ONG de Développement (CCOD) a créé en son sein, un groupe thématique « Nutrition et Sécurité alimentaire » avec comme ambition : contribuer à l’amélioration de la situation alimentaire et nutritionnelle des populations en République du Congo. Il entend ainsi organiser les organisations de la société civile œuvrant dans la lutte contre la malnutrition, membres du CCOD ou non, en un groupe thématique au sein du CCOD. Ceci va permettre au CCOD d’œuvrer à prendre une part active dans les organisations nationales de lutte contre la malnutrition, mais aussi et surtout, d’œuvrer à la mobilisation des ressources afin de mener des activités de lutte contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire. Grâce à cette organisation, le CCOD, va renforcer les capacités techniques et managériales des OSC membres de ce groupe thématique, pour une efficacité des actions sur le terrain.
Le groupe thématique ainsi monté, s’est doté d’une feuille de route actualisée pour l’année 2020. Cette feuille de route met l’accent sur la constitution des partenariats et le renforcement des capacités.
Bibliographie :
Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP II), Ministère du Plan, Brazzaville, 2007 - 2008
Enquête Démographique de Santé, Ministère de la santé, Brazzaville, 2015
Plan National de Développement Sanitaire, Ministère de la Santé, Brazzaville
Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), Ministère du Plan, Brazzaville, 20007.