2023-02-23
Les restrictions de l'espace civique des OSC et les manques à gagner des gouvernements africains
Par M. Comlan Julien AGBESSI, Coordonnateur Régional du REPAOC
Les restrictions des espaces des organisations de la société africaine se sont fait davantage corsées dans le double contexte de la COVID-19 et de l’insécurité qui frappent les pays. Les mesures et intimidations sur les organisateurs et sur leurs agents ont été et sont de diverses natures : retrait ou suspension d’agrément, menaces de dissolution ou dissolution, amendes, peines privatives de liberté, déclaration de persona non grata et bien plus.
Dans le cas des crises sécuritaires, l’on n’ignore pourtant pas les moyens dont disposent les Etats pour vérifier la collaboration avec l’ennemi ou les velléités de déstabilisation. Parfois, c’est un alibi tout trouvé pour contrôler les sources de financement et les actions d’ONG et associations qui sont confondues avec des sensibilités politiques ou accusés d’avoir des « agendas cachés » ou encore de bénéficier d’importants fonds de « réseaux occultes ».
Certaines entités ou faîtières sont considérées par les gouvernants comme des contre-pouvoirs ou apparentées aux oppositions du fait de leurs rôles pourtant légitimes d’alerte, d’interpellation, d’éveil, et de dénonciation d’abus et de violations des droits humains.
Une autre forme de restriction consiste en la trouvaille de gouvernants de créer leurs propres ONG qui soutiennent leurs idéologies et dans le but d’étouffer la vraie société civile qui porte les voix et aspirations des populations, de contrarier les rapports alternatifs et de leur arracher les financements qui sont disponibles au titre de l’aide publique au développement ou de subventions que les bailleurs destinent aux OSC.
Il est une évidence que depuis plus de soixante années que la plupart des pays ont accédé à la souveraineté internationale, les programmes nationaux de développement ne parviennent pas à couvrir tous les secteurs et espaces. En témoigne le nombre et la qualité des services sociaux de base mis en place.
Certains hameaux, voire des banlieues de capitales, n’auraient pu recevoir un minimum d’équipements scolaires, d’eau-hygiène-assainissement, de services de santé, de pistes de désenclavement si les OSC n’étaient pas là.
C’est cette importance que certains pays ont comprise en reconnaissant les OSC comme de véritables partenaires au développement. Sous cet aspect, il est heureux de constater que quelques gouvernements vont jusqu’à octroyer, de façon définitive, des sites pour abriter le siège de ces organisations ou réservent des lignes sur les budgets nationaux pour les soutenir.
La répartition déséquilibrée des infrastructures sur les territoires crée indubitablement des sentiments de frustration, d’indifférence par rapport à la chose publique, voire de sensibilité à des actions de rébellion. La plupart des organisations terroristes exploitent ces manquements, la précarité que subit la jeunesse et l’absence de justice sociale pour convaincre les populations de leurs intentions.
C’est par les résultats de certaines études spécifiques menées par des ONG sur des variables du développement que les Etats sont informés des défis à relever d’urgence sur les territoires.
Sans que ce soit leur but, les OSC contribuent également à la résorption du chômage par le nombre de leurs personnels sur les projets qu’ils mettent en œuvre sur le terrain. Des milliers de citoyens ont fait leur carrière uniquement au sein des ONG.
En matière de gestion des situations d’urgence ou d’urgence complexe, certaines ONG nationales et internationales sont spécialisées dans la réponse humanitaire. C’est en leur direction que souvent s’adressent naturellement les appels des gouvernements à l’aide internationale quand l’effet des catastrophes déborde les capacités nationales de réaction. Leurs contributions en moyens humains, techniques et financiers se remarquent dans le déploiement de missions d’évaluation rapide, d’évaluation approfondie pour l’identification de l’ampleur quantitative et qualitative des désastres, l’élaboration ou l’actualisation des plans de contingence et de réponse, la mobilisation des partenaires internationaux, la sensibilisation et la communication en situation d’épidémie ou de crise, l’installation et la gestion des camps ou sites de sinistrés ou de réfugiés, les évaluations post-catastrophes, les actions de recouvrement ou de reprise, etc.
Abstraction ne saurait non plus être faite des contributions des OSC dans la mise en place et la gestion de mécanismes de cohésion sociale et de pacification dans des localités en proie aux conflits.
De peur qu’ils ne se fassent hara kiri par l’usage excessif des mesures restrictives, les pouvoirs publics auront le mérite, ne serait-ce que pour l’intérêt des populations, d’accepter la collaboration avec les OSC qui demeurent pour eux des forces de propositions et dont les actions complètent les leurs.
Sources :
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Décret nº 2022-002/PR du 5 janvier 2022 du Gouvernement de la République Togolaise fixant les conditions de coopération entre les ONG et le gouvernement.
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Note du Gouvernement de la République Togolaise en date du 6 avril 2022, adressée aux préfets, maires et directeurs régionaux de la planification du développement et de l’aménagement du territoire, demandant que toutes les dispositions appropriées soient prises pour s’assurer que toute action à entreprendre par une ONG soit d’intérêt général et en cohérence avec les objectifs et les principes de la politique de développement économique et social définie par le gouvernement.
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Publication de Lassaad Ben Ahmed du 31 août 2021 intitulé : "CAMEROUN : « Le Gouvernement rappelle à l’ordre les ONG »". Les associations et ONG internationales exerçant au Cameroun ont jusqu’au 26 septembre pour régulariser leurs situations.