© Miguel González
2026-03-08
Quand les femmes s'organisent, la démocratie survit : pourquoi la justice de genre ne peut pas être victime des crises mondiales Cet article a été publié pour la première fois sur Global Voices.
Par Christelle Kalhoule et Sarah Strack
En ce mois de mars, alors que le monde célèbre la Journée internationale des femmes, les organisations de défense des droits des femmes n'attendent pas d'être reconnues : elles mènent des mouvements, défendent les droits et redéfinissent ce qu'est la démocratie. Pourtant, alors même qu'elles sont moteurs du changement et assurent la cohésion des sociétés, elles sont confrontées à un environnement de plus en plus hostile. Dans toutes les régions, les mouvements féministes et les organisations de la société civile dirigées par des femmes sont confrontés à une convergence de crises qui menace des décennies de progrès durement acquis : un environnement favorable en déclin, la montée de l'autoritarisme, la répression numérique et un paysage financier mondial qui se rétracte précisément au moment où il est le plus nécessaire.
Il s'agit d'une question démocratique, et non d'une question marginale
Du Soudan à l'Afghanistan, du Guatemala au Sénégal, les organisations de femmes sont souvent les premières à réagir lorsque les institutions faillissent : elles assurent la protection, documentent les abus, servent de médiatrices dans les conflits, défendent les droits fonciers et du travail et demandent des comptes aux pouvoirs publics. Pourtant, aujourd'hui, bon nombre de ces organisations sont systématiquement marginalisées, considérées comme des acteurs facultatifs plutôt qu'essentiels dans la vie sociale et politique.
Une tempête parfaite pour la société civile féministe
Au cours des deux dernières années, les organisations dirigées par des femmes et axées sur le genre ont été touchées de manière disproportionnée par les réductions de financement et l'évolution des priorités des donateurs. Alors que les ressources sont réorientées vers des réponses humanitaires à court terme, la sécurité ou des intérêts géopolitiques, les investissements à long terme dans la justice de genre, le leadership des femmes et l'organisation féministe sont relégués au second plan ou considérés comme « non essentiels ».
Dans le même temps, l'environnement favorable à la société civile se réduit à un rythme alarmant. Les lois restreignant les droits d'association, de réunion et d'expression sont de plus en plus utilisées contre les mouvements féministes et LGBTQ+. Les défenseuses des droits humains sont victimes de surveillance, de harcèlement en ligne, de criminalisation et de menaces physiques — le manque de protection ou de responsabilité est souvent alarmant.
Dans les espaces numériques, la réaction est tout aussi réelle. Les algorithmes amplifient la misogynie, la violence en ligne réduit les femmes au silence et les nouvelles technologies sont déployées sans garanties pour l'égalité des sexes ou les droits humains. Pourtant, les organisations féministes sont rarement présentes à la table où se prennent les décisions en matière de gouvernance numérique.
Cette combinaison — moins de financement, moins de libertés et plus de risques — oblige de nombreuses organisations à se mettre en mode survie. Et lorsque la société civile féministe est affaiblie, les sociétés deviennent plus inégales, plus polarisées et moins démocratiques.
La justice de genre n'est pas une question secondaire
Malgré cette réalité, l'égalité des sexes est encore trop souvent traitée comme un thème supplémentaire ou un exercice de formalité, plutôt que comme une priorité politique fondamentale.
Mais les preuves sont claires : lorsque les femmes s'organisent, les communautés sont plus résilientes. Lorsque les mouvements féministes sont inclus, les politiques sont plus inclusives. Au contraire, lorsque les voix des femmes sont réduites au silence, le recul démocratique s'accélère.
La justice de genre est indissociable de la liberté civique. Il ne peut y avoir de démocratie significative sans le droit de s'organiser, de manifester, de s'exprimer et de dissenter — et il ne peut y avoir d'environnement véritablement favorable à la société civile si les femmes, les filles ou les groupes de genre marginalisés sont exclus, pris pour cible ou sous-financés.
C'est pourquoi le moment actuel exige plus que des déclarations de préoccupation. Il exige du courage politique et des changements structurels.
Ce qui doit changer — maintenant
Alors que les gouvernements, les bailleurs de fonds et les institutions multilatérales traversent une période d'incertitude et de réforme, trois changements urgents sont nécessaires :
Premièrement, le financement des organisations féministes et dirigées par des femmes doit être protégé et élargi, et non sacrifié. Un financement flexible, à long terme et de base est essentiel pour les mouvements qui travaillent sous pression, et non pour des projets à court terme qui ignorent les réalités politiques sur le terrain.
Deuxièmement, l'environnement favorable à la société civile doit être activement défendu. Cela implique d'abroger les lois restrictives, de protéger les défenseurs des droits humains des femmes et de veiller à ce que les espaces numériques soient régis par la transparence, la responsabilité et l'égalité des sexes.
Troisièmement, les mouvements de femmes doivent être traités comme des acteurs politiques, et non comme de simples bénéficiaires. Des débats sur la réforme de l'ONU aux négociations sur le climat, de la consolidation de la paix à la gouvernance numérique, la société civile féministe doit avoir sa place à la table des négociations, avec une influence réelle et non symbolique.
Marchez avec nous : de la solidarité à l'action
C'est pourquoi Forus a lancé la campagne Marchez Avec Nous pour la justice de genre, fondée sur l'action collective, le storytelling et le leadership féministe.
March With Us ne vise pas à parler au nom des femmes, mais à créer un espace où les femmes et les militants de toutes les identités de genre peuvent s'exprimer eux-mêmes. À travers des articles, des podcasts, du storytelling multimédia et des prises de parole dans des espaces internationaux de plaidoyer, la campagne amplifie les voix trop souvent exclues, alors qu'elles sont les plus proches des réalités de l'injustice et de la résistance.
À une époque où la peur et la fragmentation menacent de définir notre politique, la société civile féministe continue d'offrir quelque chose de radical : solidarité, attention, responsabilité et espoir.
En mars, nous choisissons de nous tenir à leurs côtés.
Parce que défendre la justice de genre n'est pas facultatif.
Et parce que protéger les droits des femmes, c'est tout simplement protéger la démocratie elle-même.
Christelle Kalhoule est présidente de Forus et Sarah Strack est directrice de Forus.
Cet article a été publié pour la première fois sur Global Voices.