“Safeguarding” must be survivor-centered and intersectional | Forus

2022-06-06

La "sauvegarde" doit être centrée sur les survivants et être intersectionnelle

Ces dernières années, de grandes organisations non gouvernementales internationales ont été impliquées dans des scandales de harcèlement sexuel et d'autres formes d'abus de pouvoir et de harcèlement. Si certaines organisations se sont engagées de longue date - et ont été à l'origine d'approches novatrices - à protéger les personnes contre ces préjudices (un processus appelé sauvegarde), ce n'est pas nécessairement le cas du secteur dans son ensemble. À une époque où l'espace civique se rétrécit et où l'importance d'une société civile qui parle et agit avec intégrité et responsabilité n'a jamais été aussi grande, comment pouvons-nous passer d'une approche de la protection axée sur la conformité à un véritable changement culturel et normatif ? Comment pouvons-nous promouvoir des approches intersectionnelles et centrées sur les survivants ? 

Dans cet ouvrage collectif, nous examinons la "sauvegarde en pratique" et la justice de genre avec des organisations et des femmes militantes à l'avant-garde du changement social. Des progrès ont été réalisés, certes, mais la justice de genre et un monde sans abus, comme vous le lirez, ne sont pas quelque chose d'acquis, c'est quelque chose pour lequel nous devons nous battre continuellement. 

Comment assurer la sécurité des personnes ? 

Lorsque nous parlons de "sauvegarde", nous entendons "la protection des personnes contre les préjudices causés par le personnel, les opérations ou les programmes d'une organisation". Mais comment mesurer le préjudice ? Pour que la sauvegarde soit efficace, il est essentiel de comprendre les préjudices spécifiques auxquels les différentes communautés sont exposées, et de reconnaître les contextes favorables qui permettent et entourent ces préjudices. Le harcèlement, les abus et l'exploitation ne sont pas le fruit du hasard, ils sont la manifestation d'inégalités de pouvoir. Ces inégalités se croisent avec les déséquilibres liés au sexe, à la race, à l'accès aux ressources et au statut social. 

Dans la rue, dans les conférences, les foyers et les écoles, les inégalités sont combattues par de nombreuses communautés différentes, et cette diversité doit être prise en compte dans la protection. De l'Italie à la Belgique, les femmes se réapproprient la rue, le lieu de travail et leur corps. Mais certains groupes sont plus discriminés que d'autres. Nous nous sommes entretenus avec AIETI, un réseau qui travaille en Espagne et en Amérique latine pour promouvoir la démocratie participative depuis plus de 40 ans. 

"Nous ne voulons pas être des objets d'étude, nous voulons parler pour nous-mêmes". 

Elles agissent et se mobilisent pour défendre les droits des femmes, notamment le droit à une vie sans "violencias machistas", nous dit Tatiana Retamozo. Originaire du Pérou, mais en Espagne depuis plusieurs décennies, Tatiana est avocate, spécialisée en genre et migration. Coordinatrice de projets de défense des droits humains au Guatemala et au Pérou, avec un accent particulier sur les droits des femmes, des peuples indigènes et des défenseurs des droits humains, elle est responsable des actions de plaidoyer sur les droits des femmes migrantes en Espagne.   

"Migrer est un droit humain, mais ici en Europe, il n'est pas reconnu comme tel", explique Tatiana. "Nous ne voulons pas être des objets d'étude, nous voulons parler pour nous-mêmes. En tant que femmes dites migrantes, nous avons une vie, des expériences et une valeur, mais dès que nous passons la frontière, il semble que tout cela soit terminé, nous devenons des numéros à la recherche de papiers. Nous ne sommes pas vulnérables, c'est eux qui nous rendent vulnérables". 

Souvent privées d'un espace pour s'exprimer, les femmes migrantes à travers l'Europe sont victimes d'oppressions multiples. En Espagne, les femmes migrantes rapportent 6 fois plus d'incidents de violence que les femmes non migrantes. "Les femmes migrantes dénoncent davantage, mais sont beaucoup moins protégées", explique Tatiana.   

L'AIETI s'efforce également d'empêcher les discours de haine de se répandre comme des feux de forêt, détruisant "le droit d'être, de devenir et d'appartenir, qu'il soit individuel ou collectif, pour des raisons de genre, de sexualité, de race, d'ethnie, de classe, de nationalité, d'âge, d'idéologie, de croyance ou de religion". En Espagne, comme dans plusieurs pays d'Europe, on assiste à une prolifération des fondamentalismes et des groupes anti-droits.  

"Ces mouvements nient les droits des femmes, nient les droits des migrants, nient les droits des groupes LGBTQI. Ils prétendent que c'est l'ordre naturel des choses. Comment ces "répertoires de la haine" vont-ils nous affecter ?", demande Tatiana.  "Nous devons nous unir et lutter ensemble pour protéger ce qui reste de nos espaces démocratiques."

Danemark : "Le harcèlement sexuel n'est pas une question de sexe" 

Depuis l'Espagne, nous nous rendons au Danemark, considéré comme "l'un des meilleurs endroits au monde pour être une femme, avec un écart de rémunération étroit entre les sexes, l'égalité des droits en matière d'emploi, une crèche universelle et certaines des retraitées les plus heureuses de la planète." Pourtant, pour les femmes qui participent à des mouvements sociaux, la réalité n'est pas aussi rose.  

Un rapport récent de l'Institut danois des droits de l'homme montre que les femmes politiquement actives reçoivent plus de commentaires négatifs que les hommes en ligne. Une étude de Forus sur un environnement favorable à la société civile confirme cette tendance, dévoilant que les groupes féministes sont parmi les plus visés par les attaques, la violence et l'impunité. De même, Amnesty International a documenté la manière dont les femmes politiques sont constamment victimes de menaces et de commentaires négatifs sexistes.  

"Les femmes actives dans les débats publics, sont confrontées à des brimades genrées. Elles reçoivent des commentaires négatifs sur leur physique, leur sexualité, leur âge, leur apparence, à la fois dans la vie réelle et en ligne, sur les médias sociaux", nous dit Sara Brandt de Globalt Fokus. 

Le Danemark a adopté assez tardivement le mouvement #metoo, mais en 2020, un débat vigoureux sur le harcèlement sexuel au travail a été déclenché. L'animatrice de télévision Sofie Linde a courageusement lancé le débat, en partageant son expérience du harcèlement sexuel dans le plus grand média danois.  

"Elle a d'abord été attaquée pour avoir parlé si longtemps après les faits, mais peu après, des centaines de femmes journalistes l'ont soutenue en signant une lettre de soutien. D'autres secteurs ont suivi, notamment des centaines de femmes en politique. D'éminents journalistes et hommes politiques ont été limogés ou contraints de démissionner. Parmi eux figurent le maire de Copenhague et des dirigeants de partis politiques", explique Sara Brandt.  

Une nouvelle loi sur le consentement a été adoptée en décembre 2020 au Danemark, considérée comme un grand pas en avant dans l'évolution des mentalités en matière de harcèlement sexuel et de viol. Ce changement de loi n'est pas le fruit du hasard. Il est le résultat "d'années de campagnes menées par des survivantes qui, en racontant leurs histoires douloureuses, ont contribué à faire en sorte que d'autres femmes n'aient pas à subir ce qu'elles ont enduré", explique Anna Blus, d'Amnesty International.  

La nouvelle loi a élargi les circonstances pouvant constituer un viol. En vertu de l'ancienne législation, les procureurs devaient démontrer que le violeur avait usé de violence ou attaqué une personne incapable de résister. Une loi similaire introduite en 2018 dans la Suède voisine a entraîné une hausse de 75 % des condamnations pour viol. Le Danemark n'est toutefois que le 12e pays d'Europe à reconnaître les relations sexuelles non consenties comme un viol, le chemin à parcourir est donc encore long. 

"Il est important de changer l'idée que le harcèlement sexuel est une question de sexe, il s'agit de relations de pouvoir et d'intimidation. Les jeunes femmes victimes de harcèlement sexuel, voire de viol, ne doivent pas être tenues pour responsables de l'arrestation des auteurs de ces actes. Il incombe à la direction, aux responsables et à tous ceux qui sont témoins d'un harcèlement d'intervenir et de changer la culture", déclare Sara. 

Le genre n'est plus ce qu'il était 

Cherchez sur Google "publicités sexistes" et votre écran sera inondé d'images qui vous feront mal aux yeux et au cœur. Le livre "Selling Shame : 40 Outrageous Vintage Ads Any Woman Would Find Offensive" nous rappelle que, de l'odeur des cheveux à la forme du visage, le corps et la vie des femmes étaient du domaine public. 

Pourtant, malgré des progrès significatifs, pour de nombreuses femmes en Europe, l'émancipation signifie toujours supporter le "double fardeau" de l'entretien du foyer et de l'éducation des enfants, ou ce que Silvia Federici appelle le "travail reproductif", en plus du travail à l'extérieur du foyer. Aujourd'hui, plusieurs décennies après la chute de l'URSS, de nombreux problèmes rencontrés par les femmes dans les États post-soviétiques ont une résonance familière partout en Europe. Nous constatons qu'en Pologne et en Hongrie, les militantes sont confrontées à un travail particulièrement difficile, étouffé par des idéologies conservatrices et patriarcales. La Lettonie, où les femmes représentent 55% de la population, arrive en tête pour les droits des femmes en Europe, mais à quel prix ? 

"Il est difficile de trouver une femme en Lettonie qui se sente réellement discriminée", explique Inese Vaivare de LAPAS. "Cependant, notre succès ne vient que des femmes elles-mêmes, et non du soutien de la société." Et c'est là une partie du problème. 

Toute réponse de sauvegarde ne sera donc efficace que si elle est fondée sur une analyse intersectionnelle du pouvoir, en tenant compte de la variété des oppressions que peuvent vivre les femmes. Plus concrètement, nous avons le pouvoir de façonner les cultures, les valeurs et les comportements organisationnels qui nous entourent, ce qui peut soit permettre aux auteurs de violences de se cacher sans être détectés, soit donner le coup d'envoi d'une culture de la protection susceptible de provoquer un changement systémique.  

Forus, en collaboration avec plus de 20 organisations, a récemment publié une boîte à outils de sauvegarde contenant des exemples de pratiques du monde entier et a développé pour la deuxième année consécutive la campagne participative #MarchWithUs avec plus de 15 activistes et organisations de la société civile.  

Alors, à quoi ressemble une culture de sauvegarde saine ?  

 La sauvegarde se présente sous plusieurs formes, mais plusieurs organisations de la société civile montrent comment diverses approches - petites et grandes - peuvent changer la façon dont les communautés se protègent. Commençons par quelques exemples. Coordination SUD en France a commencé à mener une analyse de genre et de pouvoir des réunions du conseil d'administration en utilisant une grille d'observation - un tableau avec plusieurs indicateurs et critères - pour analyser les interactions entre les directeurs à travers une lentille de genre. La Plataforma Portuguesa das ONGD, au Portugal, a mis en place un outil d'auto-évaluation pour ses membres. Coordinadora ONGD, en Espagne, a révisé son code de conduite pour y inclure et clarifier les mesures de sauvegarde. La plateforme a également développé, au fil du temps, un outil sur la transparence et la bonne gouvernance pour ses membres, qui comprend à ce jour 79 indicateurs. Ces indicateurs comprennent l'obligation pour les organisations de disposer de leur propre code de conduite, d'un canal d'alerte et d'un groupe de réponse de sauvegarde pour traiter les plaintes. Le CILONG au Tchad est passé à une approche centrée sur les survivants. Ils ont mis en place plusieurs mesures de prévention, dont un groupe d'alerte et de protection et la relocalisation des défenseurs des droits de l'homme en danger. Bond, au Royaume-Uni, met à disposition des ressources, des outils et des conseils sur les principes et les pratiques de sauvegarde. Leur approche consiste à réorienter les matériaux existants plutôt que de produire des ressources supplémentaires, à moins qu'il n'y ait une lacune identifiée. 

L'équité et la sécurité sont relationnelles. Les inégalités sont ancrées dans des dynamiques inégales qui donnent un pouvoir disproportionné à un groupe par rapport à un autre. Nous devons tous participer au processus de redistribution. Pour reprendre les mots du sociologue Chandra Talpade Mohanty, nous devons reconnaître et écouter les différences dans les expériences vécues - sans restreindre les possibilités d'alliances. Nous devons commencer à promouvoir une culture de sauvegarde saine - une culture où les droits et la protection de tous les adultes et enfants impliqués dans le travail d'une organisation ou en bénéficiant sont prioritaires par rapport à toute autre considération, où le personnel et les communautés sont et se sentent en sécurité et valorisés tout au long de leur implication dans l'organisation, où les individus savent à qui s'adresser en cas d'inquiétude et ont la certitude d'être écoutés et entendus sans répercussion personnelle ou professionnelle, et où l'organisation s'efforce d'adopter les normes de pratique les plus élevées dans tous les domaines de la sauvegarde plutôt que de se contenter de la norme minimale pour être conforme à la loi. Connaissez-vous de bons exemples de sauvegarde en pratique ?  

 

Rejoignez notre campagne #MarchWithUs pour appeler à une plus grande justice de genre !

Nous tenons à remercier Coopération Canada, Digna, Coordinadora, AIETI, LAPAS, et Pénélope Hubert, pour leur collaboration.