2021-11-04
Le pouvoir des récits et leurs conséquences sur l'espace civique
News
Les organisations de la société civile sont de plus en plus visées par des récits qui sapent leur travail. Celles qui sont en première ligne du changement social sont souvent dépeintes comme "corrompues", "orientées vers l'argent" ou "ennemies de l'État", notamment dans la rhétorique populiste. Cela peut avoir un impact très concret sur le travail de la société civile, allant de la méfiance et de l'hostilité populaires à la réduction des financements publics.
Par conséquent, contrer les récits négatifs sur les organisations de la société civile et formuler des récits alternatifs est devenu de plus en plus nécessaire pour promouvoir et protéger un environnement favorable et un espace civique sain.
Dans cette perspective, jeudi 28 octobre, le réseau Forus s'est réuni dans le cadre d'un groupe de travail récurrent pour partager des idées et des expériences sur l'espace civique et les récits alternatifs.
Pour contextualiser le scénario actuel en termes d'environnement favorable à la société civile, Brian Tomlinson d'AidWatch Canada a présenté la recommandation du DAC-OCDE sur l'habilitation de la société civile dans la coopération au développement et l'aide humanitaire. La recommandation peut être un outil majeur pour le plaidoyer et la redevabilité auprès des bailleurs : elle repousse les mesures et pratiques restrictives qui affaiblissent les acteurs de la société civile pour le développement et le changement démocratiques. La recommandation souligne les normes et instruments juridiques existants, mais elle exprime également des engagements pratiques. Elle identifie 28 normes et domaines d'action que les prestataires devraient faire progresser, organisés en trois piliers :
- Actions pour respecter, protéger et promouvoir l'espace civique
- Actions pour soutenir et s'engager avec la société civile
- Actions visant à inciter les organisations de la société civile à agir de manière efficace, transparente et responsable
Tomlinson a expliqué comment, en tant que plateforme de la société civile ou individu, on peut contribuer au suivi de la mise en œuvre de la recommandation et promouvoir le dialogue autour de celle-ci.
Les récits représentent un autre instrument nécessaire à la promotion d'un environnement favorable à la société civile. Après la présentation de Brian Tomlinson, le co-responsable du groupe de travail, Dirce Piloto Varela de la plateforme PLATONG (Cabo Verde), a partagé les résultats du dernier groupe de travail et a insisté sur l'idée que la lutte contre les récits négatifs sur les OSC ne devrait pas seulement se faire par des campagnes, mais aussi par des actions qui contrecarrent ces récits - par exemple, le renforcement des partenariats horizontaux avec les militants populaires et les communautés, la défense des minorités qui sont discriminées, la promotion du droit d'initiative des OSC, et ainsi de suite.
Dans un exercice collectif, les participants ont ensuite discuté de deux récits très répandus et ont identifié ce qui les rend populaires et quelles sont leurs conséquences - dans le cas d'un récit négatif comme "Les femmes féministes détestent les hommes" et dans le cas d'un récit positif comme "Personne n'est en sécurité tant que tout le monde n'est pas en sécurité" récemment promu pour défendre un vaccin Covid-19 plus accessible.
Ces récits sont-ils répandus dans tous les contextes nationaux ? D'où viennent-ils ? Comment sont-ils renforcés ? Qui excluent-ils ? Qui favorisent-ils ? Comment peuvent-ils avoir un impact, par exemple sur les politiques, et ainsi affecter le travail de la société civile ? Pourquoi sont-ils puissants ?
L'analyse des deux récits à travers ces questions a permis aux participants d'identifier plusieurs caractéristiques des récits populaires. Tout d'abord, il a été généralement admis que les récits ont une nature profondément émotionnelle - qu'ils soient négatifs ou alternatifs. Par exemple, les récits populistes tirent souvent parti des peurs. Deuxièmement, les récits peuvent avoir trois types de conséquences, car ils façonnent les représentations sociales, limitent ou permettent les actions des militants, et empêchent ou favorisent le changement systémique.
Enfin, Sophie Kange de DENIVA (Ouganda), co-responsable du groupe de travail, a insisté sur la nécessité de relier les récits aux contextes particuliers dans lesquels ils sont partagés. Si la société civile doit développer des récits alternatifs mondiaux pour défendre son travail, cela est particulièrement important, car cela permettra (1) de créer des récits pertinents pour les contextes locaux et (2) de relier les récits aux actions sur le terrain. Il est également nécessaire, lors de l'élaboration de récits, de réfléchir à l'"essence" du récit, puis de l'appliquer à différents contextes. Par exemple, le fait que le récit "Personne n'est en sécurité tant que tout le monde ne l'est pas" soit profondément ancré dans une croyance partagée en la nécessité de la solidarité le rend sans aucun doute puissant.
Dans le cadre d'une initiative de storytelling, découvrez le podcast Un Espace Pour Nous de Forus et écoutez les histoires des membres et partenaires de Forus !
Pour en savoir plus : Deirdre De Burca, coordinatrice du plaidoyer de Forus - [email protected] Yohan Cambet, coordinateur adjoint de la communication - [email protected]
Photo © Diogo Nunes