2022-09-30
Ce dont l'Asie a besoin dans un monde post-pandémique, c'est d'une gouvernance centrée sur l'humain
Le manque d'engagement et d'action concertée de la plupart des gouvernements fait peser des menaces préjudiciables aux populations et à la planète prises dans des crises multidimensionnelles aggravées par la COVID-19 en Asie. Le rapport d'étape 2022 de la CESAP sur les ODD indique que les ODD ne seront pas atteints en Asie et dans le Pacifique avant 2065 au rythme actuel des progrès.
Du Japon au Pakistan, la région est l'une des plus complexes, abritant d'innombrables identités culturelles et des disparités financières. Mais la "vague de crise" continue de s'abattre sur la région. Le coup d'État militaire au Myanmar, suivi de la prise de pouvoir par les Talibans en Afghanistan, la crise aiguë de la dette au Sri Lanka au début de l'année, et maintenant les "moussons" au Pakistan, modifient radicalement l'engagement social et civique dans toute l'Asie.
Les jeunes qui ont participé à l'Assemblée mondiale des peuples de cette année, qui se déroule parallèlement à l'Assemblée mondiale des Nations unies, ont partagé leurs points de vue sur la région. Rahi, d'Afghanistan, parle d'une "crise sans précédent" avec "des femmes effacées du scénario". Mohamed Nasreen, du Sri Lanka, a critiqué les modèles de développement actuels en affirmant que les "ODD restent théoriques sans grande application". May, du Myanmar, a partagé de multiples exemples de brutalités policières contre des étudiants et des enseignants.
Des décennies de libéralisation généralisée des marchés intérieurs, de déréglementation des biens et services de base et de privatisation des services sociaux ont transformé la région en une bombe économique à retardement, et des pays comme le Sri Lanka, le Pakistan, le Bangladesh et le Népal en sont les exemples brûlants. Le Sri Lanka, un pays à revenu moyen selon les normes de la Banque mondiale, a sombré dans une crise si grave qu'il n'a pas les moyens de nourrir ses citoyens, de fournir le carburant nécessaire à la production ou de maintenir ses institutions. En l'espace de quelques mois, une crise politique a éclaté et a abouti à la démission spectaculaire de l'ancien président Rajapaksa Gotabaya. Cette démission a été suivie d'une violente répression des militants par le président Wickremesinghe, son successeur détesté, et le monde attend maintenant avec impatience d'assister à ce qui pourrait être le point de basculement d'un effet domino de crises profondes dans toute la région.
En Inde, "les agences financières et d'investigation du gouvernement sont utilisées comme des armes pour harceler, intimider, réduire au silence et criminaliser les voix critiques indépendantes dans le pays". Au fil des ans, le département indien de l'impôt sur le revenu a effectué des descentes dans de nombreux endroits, dont des ONG et des groupes de réflexion sur les politiques publiques, dans le cadre d'une enquête sur des violations présumées de la loi sur les contributions étrangères. Mais il ne s'agit pas d'un cas isolé ; la société civile de toute la région a le sentiment que les droits à l'association et à la vie privée protégés par le droit international des droits de l'homme sont violés.
Sugat Bhattarai, de l'Alliance d'Asie du Sud pour l'éradication de la pauvreté, explique que l'Asie du Sud, par exemple, est le seul groupement régional au monde à ne pas disposer d'un organe intergouvernemental sur les droits de l'homme.
"Les mesures antiterroristes toujours adoptées dans certains pays d'Asie du Sud augmentent les cas de violation des droits de l'homme". Un récent rapport de Forus le confirme, en montrant comment l'espace civique est transformé dans la région et au-delà, d'une part par la pandémie sanitaire mondiale COVID 19 et, d'autre part, par l'accélération du processus mondial de numérisation, ce qui a souvent un impact négatif sur les droits et libertés des militants et des praticiens de la société civile, ainsi que sur leur environnement opérationnel. De l'Inde, nous passons au Pakistan, où, outre l'immense destruction causée par le "changement climatique déclenché par l'homme", d'autres ingrédients sont en jeu, tels que l'élément féodal, avec des soupçons et des rumeurs qui surgissent à nouveau, selon lesquels de puissants propriétaires fonciers utilisent leur influence pour détourner l'eau de leur propriété et inonder les villages et les champs de millions de Pakistanais pauvres dans les campagnes gorgées d'eau.
Lors de l'Assemblée mondiale des peuples de cette année, Disha Ravi, militante de Fridays for Future, a rappelé l'urgence d'agir : "La crise climatique a lieu maintenant. Des millions de personnes sont déplacées et tuées, et luttent chaque jour pour vivre dans la dignité. Cela ne devrait être le cas pour personne".
La crise humanitaire en Asie est exacerbée par le fait que la communauté internationale ne s'engage pas à réduire les émissions de CO2 et ne propose pas de véritable solution à l'urgence climatique. Les actions visant à protéger et à renforcer la résilience des communautés vulnérables ne reçoivent pas un soutien suffisant. L'aide humanitaire doit aller de pair avec des efforts concertés en matière de gouvernance centrée sur les populations et avec des efforts politiques proposant des solutions rapides et durables pour atténuer la crise aggravée à laquelle la région est confrontée.
Les peuples d'Asie se débattent car ils se trouvent laissés pour compte sur la voie d'un redressement juste et équitable après la pandémie de COVID-19. Ils sont confrontés à une urgence climatique, à une crise croissante de la dette souveraine, à des règles injustes en matière de commerce et d'investissement qui limitent l'espace politique et fiscal. La région est également le témoin d'une inégalité vaccinale, alors que la richesse et le pouvoir des entreprises augmentent, avec un nouveau milliardaire toutes les 26 heures depuis le début de la pandémie.
La planification du développement national devient plus inclusive, certes, mais un engagement systématique et significatif des diverses parties prenantes est nécessaire. Nous devons nous appuyer sur les institutions des peuples et commencer à expérimenter de nouveaux modèles de gouvernance mondiale. La "Neighbourocratie", par exemple, propose des parlements de quartier inclusifs d'environ 30 familles chacun, guidés par des principes qui garantissent que "le pouvoir reste avec le peuple". Ou encore le concept de "sociocratie" qui met l'accent sur la prise de décision sans division, la collaboration et le consentement.
La liberté d'exercer les droits civils et politiques est extrêmement importante pour la réalisation de l'Agenda 2030. Le modèle multipartite de mise en œuvre, de suivi et d'examen, qui est au cœur de cet agenda, exige que la société civile ait accès à un espace civique adéquat et à un environnement propice à son fonctionnement. Il est urgent que la communauté internationale étende le champ d'application des indicateurs d'espace civique, actuellement limités, qui mesurent principalement le nombre d'activistes, de défenseurs des droits de l'homme et autres qui ont été enlevés, emprisonnés ou assassinés. Des indicateurs mondiaux supplémentaires doivent être développés en termes d'espace civique, mais aussi lorsqu'il s'agit de surveiller les systèmes de gouvernance - en tenant compte de la participation civique, de l'état de droit, de l'accès à l'information et bien plus encore - pour qu'ils soient véritablement centrés sur les personnes.
Lisez la DÉCLARATION DU FORUM SDG 16+ ASIE ici.