Forus

2026-05-27

Le combat des femmes contre les violences basées sur le genre facilitées par la technologie

À l’ère des réseaux sociaux les espaces numériques sont devenus un champ de revendication citoyenne. À travers le monde et surtout en Afrique l’internet est devenu un outil de communication. Les femmes mobilisent, font des plaidoyers et appellent à la solidarité. Il y en a qui défendent les droits humains, d’autres qui dénoncent les violences basées sur le genre mais également celles qui sensibilisent sur les inégalités tout en construisant les communautés qui influencent les débats publics. 

 

Mais dans les coulisses de cet engagement se cache une réalité assez sombre et nous allons la nommer : le coût invisible de l’engagement numérique des femmes. Aujourd’hui nous parlons de droits numériques et qu’en est-il du cas des femmes, qui ont pour espace de combats et d’interpellation les espaces numériques ? 

 

Cet article veut mettre l’accent sur les droits numériques et les violences basées sur le genre facilitées par la technologie (TFGBV). 

 

Les espaces numériques sont aujourd’hui très destructeurs, les femmes ne s’y sentent plus en sécuritéLes violences basées sur le genre facilitées par la technologie gangrènent l’engagement des femmes. Beaucoup de femmes utilisent TikTokFacebookX, YouTube et Instagram, les podcasts et les blogs pour sensibiliser, dénoncer, promouvoir et défendre. 

 

Ces réseaux sociaux ont permis à plusieurs femmes d’avoir unvisibilité qui n’était pas un acquis dans le temps. Aujourd’hui cette visibilité a un prix et ce prix est la violence basée sur le genre facilitée par la technologie. 

 

Ces violences font taire les femmes et réduisent leur espace civique 

 

Les violences basées sur le genre facilitées par la technologie appelées TFGBV (Technologie a facilité la violence sexiste) englobent toutes les formes de violence contre les femmes à travers les outils numériquesIl faut savoir que ces violences numériques visent très souvent les femmes : journaliste, créatrice de contenu, défenseuse des droits ou responsable communautaire.

 

Récemment le CIPESA a organisé un atelier régional de partage de compétences sur la sécurité numérique et la résilience avec les femmes défenseuses des droits humains, journalistes et activistesauquel j’ai participé activementIls contribuent beaucoup à la démystification des TFGBV.  

 

Le slogan de l’atelier du CIPESA entonnait : SAFE BY DESIGN (la sécurité intégrée dès la conception) qui consiste à créer des gardes-fous depuis la conception des plateformes pour mieux les protéger. 

 

Pour CIPESA : les droits numériques vont au-delà de l’accès aux appareils ou a la connectivité. Selon eux, ils comprennent la sécurité, la dignité, l’autonomie corporelle et la protection contre la violence fondésur le genre facilitée par la technologie, la participation significative et l’accès à des recours en cas de violation.  

 

Par ailleurs les recherches de la CIPESA ont montré que les femmes subissent le cyberharcèlement, le chantage, la pêche à la traine, les partages non consensuels d’informations personnelles. 

 

Pour Aminata Samassekou, la présidente de Kominitas, le réseau des blogueurs du Mali que j’ai interviewé dans le cadre du programme de journalisme de Forus: ces violences peuvent être épuisantes émotionnelles, mais elles renforcent aussi ma conviction que les femmes doivent continuer à occuper ces espaces numériques. Si on ne raconte pas notre part de vérités, quelquun dautre le fera à notre place.  

 

Elle affirme avoir été victime de violence numérique : comme beaucoup de femmes engagées publiquement, j’ai déjà été confrontée à des attaques, insultes, des campagnes de dénigrement et d’intimidation. Surtout lorsque je prends des positions sur des sujets sensibles comme la gouvernance ou des sujets liés à la place de la femme dans la société. J’ai déjà supprimé deux comptes et fermé deux fois pendant des mois mon compte actuel.  

 

Aujourd’hui elle se protège en faisant attention à la gestion de son compte. Elle bloque, elle signale et essaye de créer une communauté bienveillante autour d’elle.  

 

Dans le cadre de la campagne Forus Marchez Avec Nous, il est essentiel de rappeler que pour que la « connectivité significative » soit réelle. 

 

« La technologie est le nouveau visage des inégalités de genre. Elle creuse les écarts plutôt que de les réduire », explique Catalina Escobar, cofondatrice et Directrice de la stratégie de MAKAIA. Ingénieure mécanique, elle a elle-même été confrontée aux stéréotypes et aux barrières auxquelles les femmes font face dans le secteur technologique. Au-delà du faible nombre de femmes dans les espaces décisionnels, même dans des domaines émergents comme l’IA, une autre tendance inquiétante se développe : les espaces numériques deviennent de plus en plus dangereux. 

 

« La technologie facilite les violences basées sur le genre ; elle les amplifie. Les femmes les plus ciblées en ligne sont celles qui occupent des positions de leadership, des femmes politiques ou celles qui cherchent à transformer la société. C’est une menace pour la démocratie. » 

 

L’engagement des femmes a un coût invisible et destructeur. Les violences numériques conduisent à l’épuisement émotionnel mais également à la perte d’envie de l’engagement.  

 

Les femmes doivent aussi s’exprimer aussi bien en présentiel qu’en ligne et elles ont droit à la protection.  
 
Cet article a été rédigé dans le cadre du programme de journalisme de Forus.