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2026-04-09
PROJET D’EAU DES HAUTES TERRES DU LESOTHO: Une visite qui change le récit
Plus tôt cette année, Forus a soutenu une visite de terrain qui a réuni des partenaires de la société civile du Forum de la société civile de la NDB — aux côtés de journalistes locaux — dans des communautés touchées par le projet des Hautes Terres du Lesotho (LHWP), un projet binationale entre le Lesotho et l’Afrique du Sud.
La phase II du LHWP, en particulier la construction du barrage de Polihali et des infrastructures associées, a eu des impacts sociaux, économiques, environnementaux et de genre significatifs sur les communautés affectées dans le district de Mokhotlong. Ceux-ci incluent la perte de terres et de moyens de subsistance, des dommages aux habitations et aux infrastructures hydriques, des compensations inadéquates et retardées, des perturbations culturelles et une vulnérabilité accrue des femmes et des filles.
Les communautés ont exprimé leurs préoccupations et déposé des plaintes, mais les réponses et réparations de la part des autorités et des bailleurs sont restées limitées. Pendant ce temps, le projet continue d’être largement présenté comme un succès en matière de développement et d’adaptation au climat, ce qui occulte les impacts réels sur les communautés affectées, en particulier les femmes et les filles. Il est donc urgent d’amplifier les voix des communautés, de documenter les violations des droits et de produire des rapports fondés sur des preuves afin de demander des comptes à des institutions telles que l’Autorité de Développement des Hautes Terres du Lesotho (LHDA), la Nouvelle Banque de Développement (NDB), la Banque Africaine de Développement (AfDB), la Banque de Développement de l’Afrique Australe (DBSA) et les ministères gouvernementaux en matière de réparations et de réformes sensibles au genre et fondées sur les droits.
La visite de terrain, coordonnée par le Centre Juridique Seinoli, a offert aux journalistes l’opportunité de se rendre à Maseru et Mokhotlong ainsi que dans les communautés, d’entendre directement les membres des communautés affectées, d’observer comment les projets d’infrastructure à grande échelle s’entrecroisent avec la vie quotidienne et d’explorer les questions de développement, de redevabilité, de garanties et de participation. Elle leur a également permis de mieux comprendre les dimensions humaines des infrastructures transfrontalières et liées au climat. La visite s’est déroulée à un moment où l’attention régionale et internationale s’intensifiait quant au financement des projets de développement, à l’application des garanties et à la consultation des communautés.
Cet article fait partie de la campagne #MarchezAvec Nous de Forus pour la justice de genre — un mois dédié à amplifier les voix des activistes et des organisations de la société civile qui travaillent en première ligne pour l’égalité.
Qu’est-ce que le LHWP ?
Le LHWP a été conçu pour transférer l’eau des hautes terres du Lesotho vers la province de Gauteng en Afrique du Sud et produire de l’énergie hydroélectrique pour le Lesotho. Cependant, la phase I a entraîné le déplacement de milliers de personnes sans compensation équitable, submergeant des terres agricoles et de pâturage et limitant l’accès des communautés à l’eau même qui les entoure. La phase II du LHWP, en particulier la construction du barrage de Polihali et des infrastructures associées, a eu des impacts sociaux, économiques, environnementaux et de genre significatif sur les communautés affectées dans le district de Mokhotlong, comme documenté dans Briser le silence - Défis liés au genre dans le LHWP-II — et a également suscité diverses préoccupations.
L’ampleur de l’impact est considérable. On estime que 5 000 hectares de terres seront inondés par le barrage de Polihali, forçant la relocalisation d’environ 270 ménages et 21 entreprises. Environ 12 communautés seront partiellement relocalisées et 5 devront être entièrement réinstallées — un processus aux implications économiques, sociales et culturelles durables pour les générations futures. De manière critique, aucune stratégie de restauration des moyens de subsistance n’a été partagée ni discutée avec les communautés affectées à ce jour. Lire plus ici.
Suite à cette visite, des journalistes et des OSC ont produit une série d’articles et de rapports documentant le coût humain et social du LHWP. Ces rapports mettent en évidence des préoccupations systémiques en matière de droits humains et l’absence de réponse adéquate des autorités face à l’impact du projet. D’autres se concentrent sur le besoin urgent de redevabilité de la part des banques publiques de développement telles que la NDB et la AfDB afin de garantir l’application stricte des garanties sociales et de genre pour protéger les communautés affectées. Ils examinent également la perturbation du tissu social, où le chômage et les déséquilibres de pouvoir ont entraîné une augmentation du sexe transactionnel et l’érosion des valeurs communautaires traditionnelles. Ensemble, ces travaux mettent en lumière la nécessité de demander des comptes aux banques publiques de développement afin que les projets d’infrastructure régionaux ne sacrifient pas la dignité et les droits des communautés.
Retrouvez ci-dessous les articles développés par les journalistes et les partenaires de la société civile produits dans le cadre de la visite de terrain.
Les femmes sont au cœur de l’histoire
Une femme interrogée lors de réunions communautaires à Mokhotlong a expliqué qu’on lui avait proposé une compensation pour cinquante ans de revenus perdus, une somme qu’elle a jugée bien trop faible pour reconstruire un moyen de subsistance. Son histoire n’est pas un cas isolé. Dans toutes les dimensions du LHWP, les impacts ne sont pas neutres du point de vue du genre ; les femmes supportent une part disproportionnée et sous-déclarée des préjudices, en raison de barrières structurelles cumulées.
Dans toutes les dimensions du LHWP, les impacts ne sont pas neutres du point de vue du genre ; les femmes supportent une part disproportionnée et sous-déclarée des préjudices, en raison de barrières structurelles cumulées.
Les communautés de Ha Mohale ont été relocalisées à Thuathe entre 2002 et 2004 — avec la promesse de compensations, d’eau, d’électricité et d’une voie pour reconstruire leur vie. Beaucoup de ces promesses, selon les habitants, n’ont jamais été tenues.
Le conflit juridique central s’est concentré sur la compensation : les communautés demandaient des paiements individuels, tandis que la politique de la LHDA exigeait que la compensation collective soit partagée avec la communauté d’accueil. Un tribunal a statué en faveur de la position de la LHDA. Le Centre Juridique Seinoli — qui fournit un soutien juridique aux communautés affectées — affirme que le tribunal n’a pas examiné correctement les preuves et a privilégié la politique institutionnelle au détriment des droits constitutionnels. La communauté souhaite faire appel.
Avec un accès financier limité, la communauté dépend de l’aide juridique et du financement des ONG pour poursuivre l’affaire. Le financement des donateurs, comme l’a souligné le journaliste couvrant cette question, n’est jamais suffisant. Il est limité. Et il n’existe aucun mécanisme durable pour garantir que ces organisations puissent continuer à défendre ceux qui n’ont personne d’autre.
Les politiques de compensation mises en œuvre par la LHDA créent également des désavantages pour les femmes, car elles considèrent le chef de ménage masculin comme le bénéficiaire par défaut des paiements. En pratique, cela signifie que les femmes, même lorsqu’elles ont des droits légaux sur la terre, sont systématiquement exclues des bénéfices directs. Les conclusions du Centre Juridique Seinoli, qui soutient 17 communautés directement affectées, confirment ce schéma : les femmes perdent l’accès aux terres dont elles dépendent pour se nourrir et générer des revenus, tandis que les sites de réinstallation manquent d’eau potable et de sols fertiles, aggravant leur vulnérabilité. De plus, la LHDA continue d’opérer sans politique de genre ni cadre adapté, alors même que les bailleurs du projet continuent de débloquer des fonds. Lire l’analyse complète ici.
Cela contredit directement la Loi foncière du Lesotho de 2010, qui accorde aux deux conjoints des droits égaux sur la terre et la propriété. Comme l’ont rapporté les journalistes impliqués dans la visite de terrain, les conséquences se répercutent au sein des familles. Dans les communautés affectées par la phase II, les paiements de compensation sont devenus une source de conflits intrafamiliaux : des oncles et des pères excluent les femmes des terres appartenant à leurs familles ; des maris reçoivent des paiements pour des terres appartenant à des épouses dont ils sont séparés ; des hommes utilisent l’argent de la compensation d’une manière qui exclut totalement leurs partenaires et leurs enfants.
Au-delà de la compensation, le tissu social des communautés affectées a été perturbé par l’arrivée d’un grand nombre de travailleurs de la construction. La documentation de terrain fait état d’une vulnérabilité accrue des jeunes femmes, notamment des relations transactionnelles avec des entrepreneurs financièrement puissants, une exposition accrue aux maladies sexuellement transmissibles et une augmentation de la violence domestique. Les travailleurs logés dans des camps loin de leurs familles ont contribué à modifier les normes communautaires autour de l’alcool et des relations.
Pourquoi les OSC et les BPD doivent travailler ensemble
Les institutions qui financent la phase II du LHWP — la Nouvelle Banque de Développement (NDB), la Banque Africaine de Développement (AfDB) et la Banque de Développement de l’Afrique Australe (DBSA) — ont la responsabilité d’exiger l’application de garanties sociales et de genre. Alors que les mécanismes de redevabilité efficaces restent limités, la société civile plaide pour des réponses institutionnelles plus rapides et plus adéquates ainsi que pour des partenariats significatifs.
L’accord de prêt de 3,2 milliards de rands de la NDB pour la phase II, signé lors du Sommet des BRICS de 2023, a soulevé de sérieuses questions en matière de transparence et de redevabilité. Bien que le projet soit censé augmenter l’approvisionnement en eau pour environ 15 millions de personnes à Gauteng, ces bénéfices ne sont pas garantis pour les milliers de communautés directement affectées au Lesotho. Les organisations de la société civile ont appelé la NDB à adopter d’urgence une politique de genre et à garantir une consultation communautaire significative — en particulier pour les femmes historiquement marginalisées. Lire plus ici.
« Les OSC sont en première ligne pour promouvoir les droits des personnes marginalisées — mais elles doivent être habilitées à accéder à la justice, à porter des affaires devant les tribunaux et à parler au nom des communautés marginalisées. Il faut que tout le monde défende les plus vulnérables », a déclaré un participant du Centre Éminent de Journalisme d’Investigation.
L’environnement de la société civile au Lesotho est soumis à une pression croissante, comme le montrent les récentes alertes du EU SEE. Ces alertes reflètent une dégradation de l’environnement favorable, marquée par des restrictions gouvernementales sur les syndicats et l’arrestation arbitraire du rédacteur de The Lesotho Times et du Sunday Express, ainsi que d’un activiste des réseaux sociaux après des reportages sur la corruption — des actions qui signalent une tentative délibérée de réduire au silence les critiques. En outre, le projet de loi sur la criminalité informatique et la cybersécurité demeure une menace importante ; s’il est adopté sans amendements compatibles avec les droits humains, il pourrait criminaliser le type même de journalisme d’investigation qui a mis en lumière les abus du LHWP.
Ce contexte souligne la nécessité de renforcer les relations entre les BPD et les OSC afin de combler le déficit de redevabilité dans les projets d’infrastructure à grande échelle. Alors que les BPD fournissent le cadre financier et les garanties à haut niveau, les OSC disposent de la confiance locale et des données de terrain nécessaires pour identifier lorsque ces garanties échouent dans la pratique. En favorisant des relations de collaboration avec les OSC, les BPD peuvent contribuer à garantir que les projets soient sensibles au genre et fondés sur les droits, évitant ainsi l’exclusion systémique des groupes marginalisés des bénéfices du développement.
Malgré les obstacles, au Lesotho, le changement est possible — et la société civile l’a prouvé. L’adoption de la loi sur l’héritage, qui a accordé aux femmes le droit d’hériter et de posséder des terres, a été rendue possible en grande partie grâce au plaidoyer soutenu d’organisations comme Moafrika. En août 2025, le Lesotho a adopté une dixième révision constitutionnelle qui renforce la capacité des OSC à porter des affaires au nom des communautés marginalisées. Le projet de loi sur la participation publique, approuvé par l’Assemblée nationale en mai 2025, avec le soutien du Centre de Ressources pour la Transformation, pourrait fournir un cadre juridique formel pour la participation des OSC aux politiques de développement qui régissent des projets comme le LHWP.
À mesure que les OSC accompagnent les communautés affectées, que les journalistes locaux recueillent des témoignages qui remettent en question les récits officiels, et que la distance entre une décision prise en salle de conseil et une femme perdant sa terre devient impossible à ignorer, les appels à une plus grande redevabilité et à des changements politiques significatifs se renforcent.
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