Forus

2026-07-09

Des données factuelles à l'influence : la société civile revendique sa place dans la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire

 Alors que les gouvernements se réunissent à New York à l’occasion du Forum politique de haut niveau des Nations Unies (FPHN) 2026, Forus adresse un message clair : la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire ne pourront tenir leurs promesses que si la société civile est reconnue, dotée de ressources et pleinement associée dès le départ.

 

Forus a lancé son nouveau rapport mondial, « Une coopération qui fonctionne : la société civile dans la coopération Sud-Sud et triangulaire », lors d’un événement parallèle virtuel organisé le 7 juillet, marquant l’ouverture du HLPF 2026. Ce lancement a réuni le réseau Forus et des partenaires de différentes régions afin de montrer comment la société civile contribue déjà à façonner la coopération Sud-Sud et triangulaire, souvent sans être officiellement reconnue par les systèmes qu’elle contribue pourtant à renforcer.

 

Le moment est décisif. Alors que l’Agenda 2030 entre dans ses dernières années, que l’ODD 17 fait cette année l’objet d’un examen et que la coopération internationale est confrontée à de profondes pressions politiques et financières, le rapport défend une idée simple mais essentielle : la société civile coopère déjà au-delà des frontières, sans attendre d’autorisation. Elle partage des connaissances, renforce la solidarité, soutient les communautés et relie les réalités locales aux débats mondiaux. Le défi consiste désormais à faire reconnaître, financer et institutionnaliser cette contribution.

 

S’appuyant sur 26 études de cas issues de cinq régions, le rapport montre comment les plateformes nationales et les réseaux de la société civile favorisent l’apprentissage entre pairs, les échanges techniques, la redevabilité envers les communautés et la solidarité régionale. Du suivi inclusif des ODD au Sénégal au partage régional des connaissances dans le Pacifique, en passant par la participation institutionnalisée de la société civile en Corée, les preuves sont sans équivoque : la société civile n’est pas un acteur secondaire de la coopération Sud-Sud et triangulaire. Elle en est l’une des conditions essentielles de réussite.

 

Le rapport montre également ce qui se produit lorsque les communautés et la société civile sont exclues. Le cas de ProSAVANA, une initiative de coopération triangulaire réunissant le Brésil, le Mozambique et le Japon, illustre les risques d’une coopération conçue sans participation significative des populations concernées. Lorsque les préoccupations locales, les droits fonciers et les réalités des communautés sont ignorés, la confiance s’érode et la coopération elle-même s’en trouve affaiblie.

 

Le message de Forus ne porte donc pas uniquement sur l’inclusion en tant que principe. Il concerne aussi l’efficacité, la redevabilité et la durabilité.

 

Lors du lancement, des intervenants du Brésil, de l’Inde, de la Chine, de l’Éthiopie et de la République démocratique du Congo ont partagé des exemples concrets de coopération menée par la société civile, tout en soulignant les lacunes persistantes en matière de gouvernance, de financement et de reconnaissance politique.

 

Henrique   Frota, directeur exécutif de l’ABONG (Association brésilienne des ONG) au Brésil, a souligné que la question n’est pas de savoir si la société civile dispose des connaissances nécessaires pour apporter sa contribution. La véritable question est de savoir si les systèmes de coopération sont prêts à l’écouter dès le début — avant que les décisions ne soient prises et avant que les projets ne soient conçus :

 

«La question n’est pas de savoir si la société civile est capable d’apporter des données probantes ou des connaissances pour aider les gouvernements à concevoir de meilleurs programmes. Ce n’est pas là la question. La véritable question est de savoir si les structures gouvernementales sont prêtes à nous écouter dès le début du processus .» 

 

Harsh Jaitli, directeur général du VANI (Réseau indien d’action volontaire), a souligné l’importance pour la société civile de créer ses propres espaces d’échange dans le cadre de la coopération Sud-Sud, plutôt que de dépendre uniquement des plateformes dirigées par les gouvernements.

 

Wang Xiangyi, représentant de CANGO (Association chinoise pour la coopération des ONG), a appelé à la mise en place de mécanismes plus formels permettant d’intégrer la société civile aux processus décisionnels de la coopération Sud-Sud et triangulaire.

 

D’autres intervenants ont mis en avant des solutions concrètes déjà expérimentées au sein du réseau Forus. Sale Getahun, du Consortium des associations chrétiennes d’aide et de développement (CCRDA) en Éthiopie, a expliqué comment la coopération entre plateformes de la société civile favorise des approches plus souples et davantage ancrées dans les réalités locales. Rigo Gene, du CNONGD (Conseil national des ONG de développement) en République démocratique du Congo, a insisté sur le fait que la coopération Sud-Sud doit aller au-delà des échanges économiques et produire des résultats concrets en matière de développement pour les communautés.

 

Tout au long des échanges, un message s’est imposé avec force : la société civile accomplit déjà ce travail. Ce qui manque aujourd’hui, c’est une architecture politique et financière capable de reconnaître pleinement son rôle.

 

À l’approche des discussions d’aujourd’hui au Forum politique de haut niveau des Nations Unies (FPHN) à New York, Forus appelle à cinq changements concrets :  

  • La coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire doivent être adaptées aux contextes nationaux, régionaux et locaux, et non copiées ou imposées d’un contexte à un autre. 

  • L’intégration officielle de la société civile dans les mécanismes de gouvernance de la coopération Sud-Sud et triangulaire doit devenir la règle, et non l’exception.

  • L’apprentissage entre pairs mené par la société civile doit être reconnu comme une véritable forme de coopération et bénéficier de ressources dédiées. 

  • La gouvernance de la coopération Sud-Sud et triangulaire doit devenir plus transparente, participative et responsable.

  • Le futur cadre de développement de l’après-2030 doit s’inspirer des forces de la coopération Sud-Sud — notamment l’horizontalité, l’apprentissage mutuel et la solidarité — tout en répondant aux tensions politiques et aux déséquilibres de pouvoir qui la traversent.  

Pour Forus, ce rapport n’est pas seulement une contribution à la recherche. Il s’inscrit dans un effort plus large de plaidoyer visant à garantir que la société civile, en particulier les plateformes nationales et les coalitions régionales, dispose d’une voix plus forte dans l’avenir de la coopération internationale.

 

Alors que les débats du HLPF se poursuivent à New York, ce rapport apporte à la fois des éléments de preuve et un appel à l’action : la société civile ne doit plus être considérée comme un acteur secondaire dans les systèmes de coopération. Elle doit être reconnue comme un partenaire stratégique, une source de redevabilité et un moteur d’un développement plus inclusif, ancré dans les réalités locales et plus efficace.

 

La société civile contribue déjà activement à la coopération internationale. Il est temps que les institutions reconnaissent ce leadership, le financent et s’appuient sur lui.

 

Téléchargez le rapport complet ici. Partagez-le avec vos communautés et rejoignez les discussions qui se poursuivront tout au long du HLPF à New York. Retrouvez davantage d’informations sur les modalités de participation ici